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Anaïs Renevier – Journaliste

Correspondances du coin de la rue au bout du monde. Avant : Berlin puis Beyrouth. Maintenant : en vadrouille.

La Silicon Valley dominée par les mâles alpha

Loin de mes thèmes habituels de reportage, j’ai récemment profité d’un détour par la Californie pour m’intéresser à l’une des faces cachées de la tech industrie, où 60% disent avoir été victimes de harcèlement sexuel (contre 30% pour le reste du pays). Un article à lire sur le site de TV5 Monde.

Les États-Unis seront à nouveau dans ma liste cette année, puisque j’y prépare une série de reportages en amont des élections.

 

 

Mésaventures birmanes

Plus de deux mois après mon retour de Birmanie, me revoilà. Avec des liens vers le fruit de ce travail de terrain de cinq semaines. Tous les reportages n’ont pas encore été diffusés, mais voici une petite sélection :

Reportage aux alentours de la plus grande mine de cuivre du pays, où se trame une catastrophe environnementale et sociale. Pour la RTS.

Avec les skateurs de Rangoun, sur le Mouv.

Portrait d’une activiste Rohingya pour Les Terriennes.

Sur le plan professionnel, le pari birman a été un vrai succès. Partie en n’ayant quasiment rien pré-vendu, j’ai pu publier des sujets longs et couvrir les élections, collaborant ainsi pour une petite dizaine de médias.

Mais sur le plan personnel, le voyage aura eu son lot de péripéties : micro cassé, racheté à prix d’or, fixeuse, puis monteur, qui annulent au dernier moment alors que les deadlines étaient serrées, passage à l’hôpital, route effondrée qu’il aura fallu reconstruire nous même dans la boue et sous la pluie, conditions d’hygiène déplorables, hôtels miteux – budget freelance oblige. Malgré la beauté des paysages et la gentillesse hors pair des Birmans (ils seraient d’ailleurs le peuple le plus généreux au monde), je n’étais pas fâchée de rentrer. Avec dans mes bagages, un souvenir assez spécial : des bactéries birmanes qui m’ont forcé ces deux mois à lever le pied sur les projets freelance, privilégiant le repos et les boulots alimentaires sécurisants. Jusqu’à quand aurais-je envie de faire du terrain «low cost», où j’avance tous les frais, sans certitude de vendre? On verra. Les idées pour 2016 ne manquent pas, le temps d’une petite pause je reviendrai avec plein de nouveaux projets. Et peut-être cette fois financés par d’autres biais que mes économies, il est bien permis de rêver en ce début d’année.

Anaïs Renevier

Journalistes en carton? Les JRI, ces parias.

Il est déjà arrivé à certains de mes confrères, comme à moi même, de nous demander si nous étions «en carton». Interview préparée à toute vitesse, article bâclé : parfois, le doute s’installe. Rassurez-vous, je ne suis pas une journaliste en carton. Ni en papier, ni en plastique. En fait, je ne suis même pas journaliste, en tout cas pas officiellement.

A deux mois de 2016, je n’ai toujours pas obtenu la carte de presse pour l’année 2015. Je l’ai pourtant demandée en temps et en heure, mais à l’instar de certains de mes collègues JRI, j’attends toujours. Sans certitude aucune de la recevoir.

Je travaille pour la presse écrite, le web, la radio, et aussi pour la télé. C’est ça, un journaliste en 2015. J’ai réalisé des études pour être Journaliste Reporter d’Images (JRI). Un métier difficile à définir, même au sein du petit monde des journalistes. Dans les rédactions télé qui ont les moyens d’envoyer plusieurs personnes sur un tournage, le JRI est souvent considéré comme un simple cameraman. Mais il est en réalité bien plus que ça. Pour citer le CIDJ, «Le journaliste reporter d’images (JRI) est toujours sur le terrain. Polyvalent, il part souvent seul en reportage et s’occupe à la fois des images, du son et des textes.». Souvent seul, dans les petites rédactions, souvent seul aussi quand il est pigiste.

Autre particularité du JRI : s’il est parfois rémunéré en salaire, ce n’est pas systématique. Contrairement à son confrère le monteur, il ne dispose pas du statut d’intermittent. Parfois, on lui demandera de «facturer» son reportage. Pour cela, il doit avoir un statut d’auto-entrepreneur, un statut toutefois assez bâtard : un auto-entrepreneur n’a pas accès à la CMU, ses heures de travail ne sont pas comptabilisées pour d’éventuelles indemnités chômage, et près de 25% du total de sa rémunération part en fumée, dans diverses taxes et cotisations. Le journaliste «auto-entrepreneur» est aussi un bâtard de sa profession : si plus de 50% de sa rémunération est perçue sous ce statut, alors la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (CCIJP) ne reconnaîtra pas son statut de journaliste.

Elle explique que les journalistes sont censés refuser ce type de rémunération. Mais après avoir proposé un sujet à dix rédactions, citez-moi un JRI qui abandonnera la vente de son reportage sous prétexte d’un statut. Pour éviter ce genre de rémunération, devrait-on destituer les rédactions qui s’adonnent à cette pratique de leur titre d’entreprise de presse? Cela paraît absurde? Autant que de destituer un journaliste de sa carte de presse.

Ironie du sort, les JRI sont les plus visibles sur le terrain. Ils ont une caméra, un trépied, un micro. Pourquoi s’obstinent-ils à vouloir être reconnus par leurs paires? Justement, car ils sont facilement repérables. La carte de presse, c’est un sésame qui peut parfois sortir les journalistes de situations délicates. Dans cet exemple que j’ai cité sur le site Global Voices, la carte de journaliste m’a sauvé la mise :

«Pour les besoins d’un reportage sur les réfugiés palestiniens de Syrie interdits d’entrer au Liban, je suis sortie du pays et j’ai pénétré dans une zone tampon d’une dizaine de kilomètres entre les deux pays. Une fois repérée, j’ai été interrogée par la sûreté générale libanaise (ils m’ont demandé de supprimer mes images, j’ai fait semblant de le faire) et ensuite par l’armée syrienne (ils m’ont demandé de montrer mes images pour prouver que j’étais journaliste, si je les avais supprimées je serai peut-être dans une geôle syrienne à l’heure actuelle !).»

Actuellement, je suis en Birmanie, pour couvrir les élections en tant que freelance. Je ne suis pas encartée et je compte en ce moment un collègue au Niger et un autre à la frontière turco-syrienne, qui ne le sont pas non plus. J’espère, à aucun moment qui ni eux ni moi n’auront besoin de ce petit bout de carton. Mais au final, tout cela ne m’étonne guère. Si l’on calcule notre taux horaire de rémunération, il n’est pas surprenant que certains considèrent encore que notre travail n’est pas une vraie profession.

Anaïs Renevier, journaliste. (ou pas)

SLATE – IRINNEWS : De France en Allemagne, l’accueil compliqué des réfugiés

« Les réfugiés » sont devenus un thème de prédilection de mon travail de journaliste depuis 2012. Cette année-là, mon installation à Beyrouth coïncide avec celle des premiers réfugiés Syriens arrivés massivement dans le pays. Depuis, je n’ai pas cessé de les suivre, ou bien eux de me suivre puisque… à l’été 2015, lorsque je quitte Beyrouth pour Paris, la « crise des réfugiés » s’installe elle aussi en Europe.

En septembre et octobre 2015, je réalise donc plusieurs reportages sur ce thème, en France et en Allemagne. J’ai déjà posté un lien à ce sujet. Deux autres articles viennent d’être publiés, sur les sites d’Irinnews (nouvelles humanitaires) et de Slate. Que ce soit en Allemagne, où 1 million de réfugiés sont attendus d’ici la fin de l’année, où en France, l’accueil des réfugiés n’est jamais simple.

Non, merci! relate les raisons pour lesquelles les demandeurs d’asile boudent la France. A lire en anglais.

Deux Allemagnes en guerre est mon premier reportage pour le site d’actu Slate. Il mêle enquête de terrain et analyse, dans une ville où l’extrême-droite est fermement ancrée.

TV5 Monde – Berlin : famille syrienne cherche amis allemands

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Avec la crise des réfugiés, l’Allemagne fait face à un défi historique. Le pays accueille le plus grand nombre de réfugiés en Europe. La rareté des logements dans certaines villes, les réticences d’une partie de la population et les lenteurs administratives ne facilitent pas toujours l’intégration à long-terme des réfugiés. Rencontre avec une famille du Kurdistan syrien installée à Berlin depuis un an. Un portrait croisé à lire sur le site de TV5 Monde.

La mort d’Aylan ou la grande hypocrisie

Ce soir de mai 2014, après ma visite dans le camp de réfugiés de Dalhamyie au Liban, je me suis effondrée en larmes. Je n’avais pourtant pas pleuré l’hiver précédent, à Ersal devant le récit d’enfants réfugiés syriens morts de froid sous les tentes. Ni en décembre 2012, quand j’ai rencontré des Palestiniens de Yarmouk qui avaient tout perdu. Pas même en 2013, auprès d’Ali, jeune combattant de Homs blessé, lessivé, qui croyait encore à la Révolution et me confiait son désespoir sur son lit de mort dans un hôpital de Tripoli. Mais ce soir de mai 2014, j’étais abattue, et confiais mes états d’âme dans un billet intitulé «Sy-riens aux yeux du monde». Ces mères syriennes semblaient perdues, et moi aussi pour le coup. Ce sentiment ne m’a pas quittée, et m’a même suivie dans l’avion qui me ramenait de Beyrouth à Paris en juin cette année, quand j’ai décidé de tourner la page de mon histoire libanaise. Je rapportais avec moi des cartons de regrets et un cargo d’histoires dramatiques sur des réfugiés qui n’avaient pas été partagées.

Depuis quelques semaines, je suis touchée par l’élan de solidarité général envers les réfugiés, Syriens ou autres. Mais en parallèle de cette émotion, une nausée m’accompagne quand je pense à ce qui a tout provoqué : l’image d’Aylan, étendu sur une plage turque. Je n’arrivais pas à identifier cet arrière-goût amer jusqu’à la lecture ce matin du billet de Justin de Gonzague, documentariste qui a quitté Beyrouth pour Marseille en juin dernier lui aussi. Ses premiers mots m’ont fait l’effet d’une claque :

«C’est un véritable scandale. 3 ans de reportages, de vidéos, d’articles des nombreux jeunes journalistes sur place à Beyrouth. Je me souviens de ces refus de voir cette réalité alors que jour après jour nous étions là à voir nos amis syriens partir pour la Turquie puis l’Europe, 3 ans que l’ensemble de ces journalistes payés à coup de lance pierre, traité comme de la merde par la doxa parisienne qui nous enfumait à l’époque avec Deach et compagnie pour installer la peur dans nos campagnes et faire monter le Front National car porteur médiatiquement téléstoring oblige. Aujourd’hui ces mêmes personne peut encline à faire vivre l’information mais plus la peur de l’autre, la bouche en cœur deviennent une fabrique lacrymale sur le dos d’un gamin mort sur une plage.»

Le texte de Justin m’a touchée en plein cœur. Oui, nous avons tous assisté au départ d’amis syriens : certains sont repartis sous les bombes, une alternative moins pire pour eux que la vie de réfugiés au Liban. D’autres ont dépensé toutes leurs économies pour rejoindre l’Europe promise. Oui, cela fait deux ans, presque trois, que le thème des réfugiés syriens au Liban n’intéresse plus les rédactions parisiennes. Deux ans, qu’ils étaient tombés dans le désintérêt général. Les Syriens dans les camps au Liban? Vues, et revues ces images… Sur un canot pneumatique ou dans un train hongrois? Là au moins, ça change. Il aura fallu qu’ils perdent tout espoir de voir enfin la Syrie en paix , il aura fallu que le Liban coule à son tour sous le poids des réfugiés, il aura fallu qu’Aylan paie de sa vie pour qu’enfin ils reviennent au centre des débats. Il aura fallu de nombreux naufrages, pour qu’on daigne enfin parler d’eux comme des humains et leur donner un manteau chaud pour l’hiver.

Pour combien de temps cette fois? Ce temps que votre intérêt durera, si bref soit-il, tournez votre regard vers ces pays hôtes si longtemps négligés par les médias : le Liban, la Turquie, la Jordanie… Il y reste encore des millions de Syriens, qui ne parviennent plus à y survivre. Doivent-ils vraiment choisir entre la Syrie et l’Europe, entre les bombes et le risque de noyade? De nombreuses ONG et associations sur place font tout pour tenter de leur offrir une vie décente, et manquent cruellement de moyens. Peut-être serait-il temps d’offrir aux réfugiés de nouvelles alternatives, pour leur éviter cette fois de traverser le Styx au péril de leur vie.

Anaïs Renevier, journaliste.

TV5 Monde – Au Liban, les domestiques se syndiquent

Trop occupée par mes cartons et mon départ de Beyrouth, je n’avais pas encore posté ici cet article publié sur les site web de TV5 Monde : http://information.tv5monde.com/terriennes/au-liban-les-employees-de-maison-et-autres-domestiques-se-syndiquent-35080

Le récit du combat des travailleuses (et travailleurs!) domestiques au Liban pour la reconnaissance de leur syndicat, premier du genre au Moyen-Orient.

La petite mort des correspondants

Je suis journaliste, correspondante à Beyrouth pour plusieurs médias depuis 2012. Je vais quitter le Liban, j’ai mille et une raisons de le faire et peut-être mille raisons de m’en réjouir. Je vais pouvoir traverser la route sans risquer d’être renversée par un chauffard, téléphone dans une main, cigarette dans l’autre. Je vais disposer d’électricité et d’eau 24h/24 et pouvoir avoir une conversation Skype avec vidéo intégrée. Un luxe dont on apprend à se passer ici.

Une nouvelle vie m’attend, mais quelque chose me chiffonne et me frustre dans mon départ : à 27 ans, je retourne chez mes parents et je laisse derrière moi des correspondances pour des médias renommés, un réseau que j’ai construit pendant trois ans et un pays que je prenais plaisir à couvrir. Tout cela, car à 27 ans, je ne vis pas de mon métier. Je travaille pour plusieurs rédactions. Les principales, peu nombreuses, respectent mon travail, m’écoutent, et ont un réel intérêt pour l’actualité internationale. Je n’ai jamais eu avec elles le moindre problème d’ordre éditorial, administratif ou personnel et c’est important de le souligner. Mais dans la conjoncture actuelle, rares sont les journaux/télés/radios qui peuvent se permettre d’avoir un salarié à l’étranger, un correspondant doit donc multiplier les supports. C’est mon travail avec ces autres médias ainsi que les discussions avec des journalistes freelance basés ici qui ont inspiré cette note.

Quand je suis arrivée à Beyrouth, j’étais plus optimiste et peut-être moins exigeante. Les débuts n’ont pas été roses : beaucoup de stress, peu de week-ends en dehors de Beyrouth de peur que «le téléphone ne sonne». Quelques larmes aussi, après des tournages ou montages particulièrement acrobatiques. Mes revenus étaient très aléatoires, je pigeais pour différents médias, souvent au gré de l’actualité. En moyenne, j’ai gagné environ 800 euros par mois pendant trois ans. Le même salaire que lorsque je travaillais 4 jours par semaine en télévision locale avant mon départ pour le Liban. Pour ces 800 euros, j’ai été pendant trois ans joignable 24h/24, 7 jours sur 7 : l’info n’attend pas. Pour ces 800 euros, j’ai été plusieurs fois prise dans des tirs croisés de snipers et une fois pourchassée par un hélicoptère du régime syrien (1). Pour ces 800 euros, j’ai été les yeux et les oreilles de plusieurs médias francophones au Liban. Et avec ces 800 euros, j’ai payé moi-même mon permis de résidence, ma caméra et mon assurance santé. Et bien sûr, mon loyer, qui a triplé depuis 2012 et l’afflux massif de réfugiés syriens dans la capitale libanaise.

Ma situation financière n’est pourtant pas mon problème principal. J’ai toujours su me contenter de peu quand je faisais ce que j’aimais, encore plus dans une ville où le soleil brille 10 mois par an. Ici, de nombreux correspondants acceptent, bon gré mal gré, de travailler avec des revenus similaires (2). Tous ces journalistes prennent quotidiennement le pouls de leur quartier, de leur ville, de leur pays. Les marchands de légumes, les colonels haut placés, les artistes, les cireurs de chaussures : tous sont autant de sources précieuses qui permettent de raconter avec justesse et attachement le pays dans lequel ils ont choisi de vivre.

Nous sommes journalistes de jour comme de nuit, passionnés, mais pas toujours encartés. Oh, ces polémiques sur ces cartes de presse déchirées en pleine émission par des nantis de notre profession? Est-ce utile de rappeler que dans certains pays, elle permet aux journalistes de rester en vie? Au Liban, sans tomber dans cet extrême, le précieux sésame nous permet d’accéder à l’information vive (une scène d’attentat, une ville bombardée à la frontière, une zone militaire…) et nous évite parfois de pénibles interrogatoires. En 2014, je ne l’ai pourtant obtenue qu’en décembre, et en appel. Les modes de facturation imposés par certains médias m’ont bloqué son processus d’obtention, quelle ironie alors que je ne vis que du (et pour le) journalisme.

Nous sommes journalistes, mais nous sommes fatigués. Je ne compte plus les soirées autour d’une bouteille de vin où l’on s’est dit que l’on allait arrêter, ou au moins faire les choses différemment. Je ne compte plus ces anecdotes partagées avec résignation… Tel rédacteur en chef a refusé un sujet sur les réfugiés syriens parce que «ça n’intéresse plus». Tel autre, qui se souvient que tu existes environ deux fois par an et t’appelle de bon matin pour te demander si tu es «disponible pour un direct». Oui oui, dis-tu à moitié endormie en t’attendant à avoir au moins une demie heure devant toi pour préparer ton sujet. «Alors tu es à l’antenne dans 3 minutes» te répond-on en te transférant immédiatement en régie . Tel secrétaire de rédaction aura pour sa part changé le titre de ton article, sans se rendre compte qu’il peut te mettre en danger. A un mot près, tu peux devenir «anti-ci» ou «pro-ça». Un terme mal utilisé, et c’est un contact précieux qui te claque la porte au nez, ou un responsable de la sûreté générale qui y regardera à deux fois avant de renouveler ton visa. «Nous ne sommes pas correspondants aux Bahamas», pour reprendre les mots d’une ancienne collègue que j’estime.

Nous sommes journalistes et nous sommes aussi des fantômes. Certains chefs sont-ils conscients que lorsqu’ils refusent un article sur la Syrie parce que «de toutes façons personne n’y comprend rien», c’est aussi nos sensibilités et nos vécus qu’ils heurtent? Alors, quelle est la limite? Est-ce que 3 ans de professionnalisme et de dévotion sont suffisants pour commencer à dire non? Et à quel prix? Dire non, c’est faire pencher la balance financière vers 700 euros mensuels plutôt que 800. Alors, pour ne plus travailler dans ces conditions, certains sautent le pas. Nous sommes plusieurs à quitter le pays cet été. D’autres suivront, j’en suis sûre.

Nos remplaçants ici? Ils s’useront aussi. Petit à petit, ces voix s’éteindront, étouffées par une information de masse, des dépêches écrites à la hâte, des informations diffusées avant d’être vérifiées. C’est la petite mort des correspondants. Cette agonie peut encore être évitée, par le public en suivant et soutenant les médias qui font entendre nos voix, et par nous en pensant le journalisme autrement. Certains de mes collègues sur le départ envisagent de créer leurs propres médias. Pour ma part, je souhaite rester journaliste indépendante (et donc libre de dire « non ») et me partager entre des piges pour des médias que je respecte (et qui respectent mon travail) et des reportages à l’étranger. Il va falloir réinventer mon quotidien, trouver un nouvel équilibre, et aussi une nouvelle manière de raconter, de témoigner et d’enquêter, en passant quelques semaines dans les pays que je veux couvrir, et non plus en y habitant. La suite reste encore à écrire…

Anaïs Renevier

(1) il est important de souligner que j’ai été confrontée à ces situations dangereuses de ma propre volonté, aucun des médias pour lesquels j’ai travaillé ne m’a encouragée à ces actes, au contraire.

(2) ce constat exclut les quelques correspondants salariés ou envoyés de France par leurs médias. Il existe bien sûr des moyens alternatifs pour vivre du journalisme au Liban en tant que freelance, certains travaillent pour des journaux locaux ou trouvent des petits boulots à mi-temps.

LIBAN – TV5 MONDE : A Beyrouth, pêcheurs contre promoteurs

la crique vu du haut

Dans la capitale libanaise, un vaste plan immobilier menace un modeste port de pêche. Un lieu symbolique voué à disparaître. Mais la résistance s’organise. Un reportage publié sur le site web de TV5 Monde et à lire ICI. 

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