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Anaïs Renevier – Journaliste

Correspondances du coin de la rue au bout du monde.

Mois

mai 2013

LIBAN – Allo Nova? Les enfants de Tripoli

Toujours à la suite du reportage fait à Tripoli pour TV5 Monde, j’ai laissé un petit message vocal sur le répondeur de Radio Nova, pour raconter ce que j’y ai vu, d’une manière moins formelle. Un récit qui peut s’accompagner de ces photos précédemment publiées.

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LIBAN – IRINNEWS : La vie au quotidien, quand on héberge des réfugiés

Voici en anglais l’une de mes dernières publications. J’ai passé une journée avec une superbe femme libanaise, qui héberge 7 réfugiés syriens dans son petit trois-pièces depuis 6 mois. Voici un petit extrait de leur quotidien.

LIBAN – Rencontre : Leçon de journalisme par Joe Sacco

Joe Sacco aime prendre son temps. C’est un journaliste d’investigation, un curieux,  un aventurier, un homme de terrain, et un dessinateur de bandes-dessinées. Il est le chef de file d’un genre graphique en pleine expansion : le reportage BD.  Palestine, Bosnie, Malte… Ses enquêtes l’ont mené partout, et aujourd’hui c’est à Beyrouth que j’ai eu la chance de l’interviewer.

joe sacco palestineQuelle est la raison de votre venue à Beyrouth?

J’ai été invité au Hay Festival Beyrouth, et je me suis dit que c’était l’occasion de découvrir Beyrouth. Ca peut paraître étrange, mais je ne suis jamais venu à Beyrouth. Je n’ai pas beaucoup voyagé dans la région, à part Israël et la Palestine bien sûr. J’ai passé un peu de temps en Egypte et en Irak, mais c’est tout. J’ai toujours été attiré par le côté cosmopolite de Beyrouth, je suis content de pouvoir découvrir cette ville, même si j’y reste peu de temps.

Vous qui vous intéressez à la cause palestinienne, avez-vous prévu de visiter un camp palestinien au Liban, comme Chatila?

Oui, j’essaie de prévoir cela. Pas forcément pour y faire un reportage, mais à titre personnel. Le massacre de Sabra et Chatila a été un déclic dans ma vie. J’avais une vingtaine d’années, et j’ai été choqué en apprenant l’existence de ce massacre. Avant le massacre, je voyais les Palestiniens comme des terroristes, à cause des médias américains. Non pas parce que les médias les étiquetaient comme tel, mais tout simplement car ils ne rapportaient que les faits, sans donner le contexte général. Je voyais les Palestiniens comme une menace, et tout à coup, après le massacre j’ai vu qu’ils étaient des victimes. Ca m’a poussé à me renseigner, à me documenter, et à comprendre que la situation était bien plus complexe qu’elle ne le paraissait. Quelques années après, j’ai fait mon premier voyage en Palestine. J’avais lu de nombreux ouvrages, mais j’avais besoin de voir pour comprendre.

Le thème du Hay Festival auquel vous participez est «imaginez le monde». Vous, vous l’imaginez comment le monde?

C’est une question difficile et très large! Mais je dois dire que je suis pessimiste. Avec les changements climatiques, il va y avoir beaucoup de migrations humaines, et beaucoup de rivalités pour les ressources naturelles. Je ne pense pas que tout cela va bien se terminer. Bien sûr, on pourrait imaginer un monde meilleur, mais c’est tellement plus facile d’être égoïste, et de protéger ce que l’on possède.

Vous pensez que cette course aux ressources naturelles va provoquer des guerres de plus en plus nombreuses?

Oui malheureusement. Les gens restent ce qu’ils sont, et ne changeront pas. Ils fonctionnent partout de la même manière. J’ai connu des accueils uniques et chaleureux à Gaza comme en Bosnie, et très souvent par des familles démunies. J’ai aussi vu les mauvais côtés des humains : les gens font la guerre partout de la même manière. Les circonstances peuvent être différentes, les raisons politiques aussi, mais à la fin ce sont toujours des gens, qui tuent d’autres gens. D’ailleurs maintenant, c’est le côté psychologique de l’humain qui m’intéresse le plus. Je continuerai à être sur le terrain, mais je ne suis pas sûr que je puisse apporter quoi que ce soit de neuf en racontant, encore, d’autres guerres ou massacres.

Le côté humain et psychologique vous a toujours intéressé, c’est d’ailleurs ce qui ressort de vos ouvrages, au delà des récits journalistiques ou enquêtes historiques

Dans les médias, vous êtes au courant des événements, vous connaissez le nombre de réfugiés, vous êtes au courant des massacres. J’essaie de ramener ces événements à une échelle humaine.

Vous dites ne plus vouloir raconter d’autres guerres ou massacres pour le moment, sur quoi travaillez-vous?

Je travaille sur l’histoire de la Mésopotamie. J’interviewe des archéologues, ce n’est pas vraiment un travail de journaliste, mais j’utilise les mêmes méthodes. Je pense qu’il est important de se tourner vers l’Histoire pour mieux comprendre. Et vers la biologie aussi. Ah, et je travaille également sur un projet de fiction, une satyre sur les drones américains.

Vous avez été publié dans des médias traditionnels comme Le New York Times, Sunday Magazine, etc. Estimez-vous y avoir suffisamment d’espace pour raconter en profondeur les événements?

C’est très intéressant, mais c’est difficile. C’est d’ailleurs le problème que rencontrent beaucoup de journalistes : le manque d’espace pour raconter ce que l’on a vu, ressenti, expérimenté. Heureusement, on voit apparaître de nouvelles formes de supports comme le magazine français le XXI. Ils ne publient que des reportages longs et m’ont laissé 30 pages pour mon reportage sur la pauvreté des fermiers de la région du Kushinagar, en Inde. Alors oui, j’aime bien publier dans des médias « mainstream » mais je me sens beaucoup plus libre lorsque je raconte en bande dessinée.

Combien de temps prenez-vous pour vos BD-reportages, de l’enquête à la publication?

Beaucoup de temps! Je prends d’abord plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour enquêter sur le terrain. Ensuite je dessine pendant plusieurs années parfois. Je suis resté 4 mois en Bosnie, le dessin m’a pris quatre an. Pour le livre Gaza 1956 j’ai passé 2 mois sur place, et 7 ans à mettre en forme la bande dessinée.

Vous êtes le précurseur de la BD-reportage. Ce genre est maintenant très apprécié du public, en tout cas en France. Etes-vous satisfait?

Oui. J’ai fait des études de journalisme mais j’ai toujours été dessinateur. Selon moi, la BD a beaucoup de potentiel encore inexploré, et le journalisme était l’un des champs d’exploration qui m’intéressait. Ce que j’aime chez les dessinateurs de BD français, c’est qu’ils explorent le monde, ils sont ouverts vers l’extérieur contrairement à la plupart des dessinateurs américains.

A travers vos bandes dessinées, vous défendez la cause palestinienne. Avez-vous reçu beaucoup de critiques pour votre travail?

Aux Etats-Unis, dès que l’on raconte l’Histoire à travers la perspective palestinienne, on est accusé d’être partial.

Vous pensez qu’il soit possible d’être un journaliste impartial?

Non, ce n’est pas possible. On se doit d’être honnête, et lorsque l’on voit des gens souffrir, on aimerait qu’ils arrêtent de souffrir. C’est une émotion humaine basique. Le plus important pour les journalistes, c’est de rester honnêtes. D’ailleurs, certains se prétendent impartiaux, mais ils ne sont pas toujours honnêtes. Moi, je raconte simplement ce que je vois. Alors oui bien sûr, il y a des gens qui souffrent des deux côtés. Bien sûr les Israéliens ont souffert, par exemple quand il y avait des attentats dans les bus. Mais il faut prendre du recul, et être honnête : il y a un déséquilibre important entre le nombre de victimes israéliennes, et le nombre de victimes palestiniennes. Et puis qui occupe qui? Ce sont les Palestiniens qui sont expulsés de leur terres, pas l’inverse.

Propos recueillis par Anaïs Renevier

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