Alors que de plus en plus de pays sont touchés par le COVID-19, la planète entière se confine, de gré ou de force. Comment se passe la quarantaine ailleurs? En quoi c’est différent d’être confiné à Taïwan, en Italie ou sur une île du Pacifique? Episode 6 au Pérou.

“Nous sommes trop habitués à n’entendre qu’une seule voix. Celle des Français s’entend haut et fort, et cela ne donne qu’une vision partielle et biaisée de la symphonie, d’autant plus lorsqu’elle se joue ailleurs que chez soi”. 

Lauriane, Française de 38 ans est expatriée au Pérou depuis 4 ans. Elle travaille comme consultante digital & marketing. Elle publie également des chroniques régulières sur le site Courrier Expat. La semaine dernière, elle a publié un coup de gueule sur l’attitude de ses compatriotes face au rapatriement. 10.000 ressortissants français dans le monde seraient encore dans l’attente d’un retour en France.

Lorsque Lauriane a commencé à rédiger son billet, elle avait l’intention de parler de « quelque chose de positif », de faire un article « sur le tourisme ». Mais en lisant différents commentaires sur des groupes de Français au Pérou sur les réseaux sociaux, elle a été prise de colère.

J’ai lu des insultes, des mots violents. Ce qui ressort le plus, c’est un sentiment de toute puissance. De la part de personnes qui ont choisi de voyager au Pérou, dans un pays en développement, ça m’a désespérée. 

Le confinement a été décidé rapidement au Pérou, en moins de 48 heures. Difficile alors pour certains Français sur place d’improviser un retour. Lauriane dit avoir été choquée par la rapidité avec laquelle les commentaires négatifs ont été publiés.

“Personne n’a été capable de prendre sur lui quelques jours. Ca m’a vraiment indignée cette incapacité à prendre du recul sur la situation. On est pas en guerre, pas en danger de mort immédiate.” 

Lauriane dit comprendre la situation délicate dans laquelle se retrouvent certains de ces ressortissants.

« Il y a des personnes bloquées dans un hôtel à Cuzco, elles n’ont pas le droit de sortir et il n’y a pas de fenêtre dans leur chambre. Je me mets à leur place, bien sûr c’est horrible de passer un mois dans un hôtel insalubre sans fenêtre. Mais il y a deux poids, deux mesures. »

Dans son article, la blogueuse alerte sur situation dans la ville d’Iquitos, où le nombre de cas de contaminés au COVID19 ne cesse d’augmenter.

“Vous connaissez Iquitos? Regardez l’image, c’est le petit rectangle rouge perdu au milieu de l’immense étendue verte. Iquitos, c’est en pleine forêt amazonienne, non accessible par voie terrestre, seulement par bateau ou avion, mais où vivent près de 500 000 personnes. Qu’imaginez-vous sur les hôpitaux là-bas? Vous n’imaginez rien, c’est normal: il n’y a rien à imaginer. Que va-t-il se passer pour ceux qui vivent là-bas, quand les touristes français auront réussi à rejoindre Lima et à reprendre l’avion pour Paris ?

Pour Lauriane, il est important de relativiser. Lorsqu’elle parle de la situation sur place, les mots sont similaires à ceux de Cyril, basé à Mayotte, qui décrivait une situation sanitaire catastrophique.

Il n’y a pas assez de place dans les hôpitaux. Dans certains bidonvilles, c’est impossible que les consignes soient respectées, il est parfois impossible de se laver les mains. Tout le monde ne vit pas dans les mêmes conditions et j’ai l’impression que c’est inaudible pour beaucoup de gens.

Au Pérou, elle décrit un confinement plus strict qu’en France

« Le jogging c’est non! Le masque est obligatoire pour sortir dans la rue. Les consignes sont hyper respectées. La police a autorisé l’utilisation de flashballs pour les récalcitrants au confinement, et dans les provinces police et militaires sont épaulés par milices locales”. 

Selon l’AFP, 26.000 personnes ont été interpellées et les militaires et policiers péruviens seront « exemptés de responsabilité pénale » s’ils tuent ou blessent par « légitime défense ».

« La population fait bloc derrière son gouvernement. »

Aujourd’hui, Lauriane aimerait entendre des discours « plus rationnels, avec des chiffres issus des différents pays, histoire de remettre la situation en perspective. » Elle aimerait lire des paroles différentes dans les médias français, avec un traitement « plus inclusif, moins franco-centré ».

« On est tous interconnectés, tout le temps, c’est le moment de voir la situation en plus grand, en plus large, avec une télé qui n’a pas que la surface de la France. »

Le billet de Lauriane est à retrouver ici.

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