Alors que de plus en plus de pays sont touchés par le COVID-19, la planète entière se confine, de gré ou de force. Comment se passe la quarantaine ailleurs? En quoi c’est différent d’être confiné à Taïwan, en Italie ou sur une île du Pacifique? Episode 3 en Chine

« En Chine, on est restés chez nous. On a tous joué le jeu. Et on a fini par gagner la bataille. Alors : restez chez vous, où que vous soyez! »

Lerato, 32 ans est restée confinée pendant 8 semaines, seule chez elle. Originaire d’Afrique du Sud, elle est expatriée à Chongqing en Chine depuis plus d’un an. Dans cette ville de 30 millions d’habitants, la vie revient petit à petit à la normale. Ce week-end, Lerato est allée boire un verre, pour la première fois depuis plus de deux mois. 

“Le chemin a été tellement long. Je ne sais même pas par où commencer.”

Son confinement débute le 22 janvier, le jour où elle reçoit un texto de l’école où elle travaille lui indiquant que l’établissement sera fermé pendant un mois.

Etape 1 : le déni

“Au début je me suis dit, ça va aller, ce n’est qu’un mois. J’étais même contente de faire une pause. Je pouvais me relaxer, prendre du temps pour moi et dormir car j’avais été très occupée les mois précédents. J’étais dans le déni en fait” 

Pendant les trois premières semaines de son confinement, Lerato se repose et s’occupe en tentant d’apprendre une nouvelle langue, en échangeant sur des sites de rencontres et en téléphonant à ses proches.

Mi-février, on a appris que l’école serait fermée jusqu’à la fin du mois. C’est là que j’ai commencé à aller mal. L’une des pires choses dans le confinement, c’est l’incertitude : quand on réalise qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer.

Etape 2 : la déprime

A partir de ce moment là, la jeune fille n’arrive plus à étudier, ni à se concentrer.

Je passais un coup de fil par jour. Il n’y a pas un jour où je n’ai pas eu besoin de parler et de partager ce que je vivais. Je tenais un journal aussi. Mais au bout d’un moment, je disais toujours la même chose, j’écrivais toujours la même chose. Mon expérience était toujours la même, j’étais au même endroit, je ne vivais rien de nouveau. Je ne faisais que me plaindre, je me sentais frustrée. 

Mi-février, alors que la ville de Chongqing est à l’arrêt et qu’une seule personne par famille est autorisée à sortir pour faire les courses deux fois par semaine maximum, l’école où travaille Lerato met à disposition de ses employés un espace où ils peuvent s’aérer.

Je suis allée plusieurs fois me balader et je me suis même mise à courir. Ca m’a permis d’aller mieux. J’ai beaucoup pleuré. Je m’autorisais à pleurer pour évacuer les émotions négatives.

Etape 3 : vivre le moment présent 

Lerato est sortie de son appartement une seule fois par semaine pendant 2 mois. Quand elle a réalisé que le confinement durerait plus longtemps que prévu, plutôt que de regarder des séries, elle a préféré s’intéresser au développement personnel, regarder des vidéos d’ Eckart Tolle et écouter des podcasts sur le bien-être.

Maintenant, j’essaie d’être plus présente dans ce que je vis. J’avais oublié d’être, de ressentir, j’avais oublié comment respirer ces derniers mois. Pendant ces deux mois, j’ai appris à apprécier l’ici et le maintenant.

Etape 4 : le prudent retour à la normale

Depuis quelques jours, Lerato voit les barrages routiers et les checkpoints de quartier se lever progressivement.

Cela se fait par étape. On est petit à petit autorisés à se rendre à plus d’endroits. Mais il y a toujours des contrôles, ils vérifient toujours la température à l’entrée du métro par exemple.

Son travail reste fermé jusqu’à nouvel ordre.

“Pour l’instant, les écoles n’ont pas rouvert. En Chine, il y a 300 millions d’élèves, il ne faut pas que toutes ces personnes retournent à l’école en une fois, c’est trop risqué”. 

Elle n’a pas reçu de message officiel l’autorisant à sortir, mais elle a vu la vie reprendre progressivement.

C’est étrange, il y a des gens dans la rue, mais beaucoup moins qu’avant. De nombreuses personnes préfèrent encore rester à la maison. Au moment où tu réalises que tu es à nouveau libre de sortir, tu prends une grande respiration et tu ressens une énergie incroyable partout dans ton corps.

Pour fêter la fin de son confinement forcé, Lerato s’est offert un verre et un déjeuner dans un restaurant de la ville. Elle y est allée seule, car ses amis, pour la plupart expatriés, sont rentrés dans leur pays d’origine.

Quand tu as l’opportunité de sortir à nouveau, tu te rends compte que ce sont des moments privilégié. Ce que j’ai appris pendant ces deux mois, c’est que la liberté est ce qu’il ya de plus important, il faut l’apprécier à sa juste valeur tant qu’on en est pas privé.

C’était il y a deux jours. Depuis, elle n’est plus ressortie.

On n’a pas de nouveaux cas déclarés, mais il faut être prudent. Mon moral va mieux, je ne me sens plus déprimée, même quand je reste à la maison : l’important, c’est de savoir que j’ai à nouveau le droit de sortir.

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