Alors que de plus en plus de pays sont touchés par le COVID-19, la planète entière se confine, de gré ou de force. Comment se passe la quarantaine ailleurs? En quoi c’est différent d’être confiné en Chine, en Italie ou sur une île du Pacifique? Episode 2 à Taïwan

« La grande différence entre l’Europe et Taïwan, c’est que nous préférons obéir aux règles pour le bien de la société alors que les Européens sont plus attachés aux droits de l’Homme. »

Karina, 27 ans est confinée depuis 3 jours dans la ville de Chuanghua à Taïwan. Ultra réactif dès le début de l’épidémie, le gouvernement taïwanais est cité comme celui qui a le mieux réussi à contenir l’épidémie. Au prix de certaines libertés. Le 19 mars 2020, l’archipel décomptait 108 cas pour 23 millions d’habitants et ce malgré des échanges soutenus avec la Chine. Les voyageurs en provenance de l’étranger sont automatiquement placés en quarantaine.

Il ne restait que deux mois à Karina avant de réaliser son rêve : entreprendre un grand voyage autour de l’Europe. En Irlande depuis dix mois avec un visa vacances-travail, elle a dû renoncer précipitamment à son projet. Samedi 14 mars, alors que le nombre de cas de malades du COVID19 en Europe est en forte augmentation, elle décide de rentrer à Taïwan.

Ils ont un très mauvais service de santé en Irlande, ça m’a fait peur. Si le nombre de cas augmente, je pense qu’ils ne sont pas prêts. J’ai préféré rentrer ici, ou je sais que je pourrais être soignée.

Un mouvement suivi par de nombreux autres Taïwanais, qui a provoqué ces derniers jours de longues files d’attentes à l’aéroport international de Taïpei. A son retour, Karina a subi un examen de santé et les douaniers ont pris ses données personnelles y compris son numéro de téléphone. Depuis, elle reçoit un appel par jour. Les autorités locales prennent des nouvelles de sa santé et lui demandent de certifier qu’elle est toujours au même endroit.

A priori, le gouvernement a donné un téléphone aux personnes qui ont des risques importants d’être infectées et vérifient qu’ils n’ont pas bougé grâce à leur position GPS.

Pour s’occuper, elle lit ou regarde des séries. Seule dans une maison de 4 étages avec sa mère, elles l’ont divisé en deux pour ne pas se croiser à son retour.

On s’est juste fait coucou du balcon. Elle m’apporte à manger à mi étage, entre le 2e et le 3e étage. Elle n’arrête pas de me rappeler de bien tout désinfecter. C’est un peu comme si j’étais punie.

Karina attend de recevoir un kit qui sera envoyé par le gouvernement local.

Il y a tellement de gens qui sont rentrés en quelques jours qu’ils sont un peu débordés. Je ne sais pas encore ce qu’il y aura dedans, mais en général il y a du riz, des masques et des choses basiques pour ne pas avoir à sortir pendant la quarantaine. Voilà le kit qu’ils ont reçu à Yilan :

La jeune fille ne compte pas mettre les pieds dehors pendant sa quarantaine.

Ca ne me viendrait pas à l’idée. Ici, on est conscients des choses qu’il faut faire pour protéger les autres. C’est pour ça que tout le monde porte un masque. Dans la rue, si ton masque est mal mis, on va venir te dire quelque chose. Si jamais je sortais, mes voisins viendraient me dire de rentrer immédiatement et surtout je risquerais une amende très importante.

Elle a pu observer les différences entre l’Irlande et Taïwan.

En Irlande, les gens sont plus détendus. Là bas, tu vois des gens traverser au feu rouge. Ca n’arriverait jamais ici. Mais là ils ne sont pas conscients du danger du COVID19.

Elle se dit globalement satisfaite de la réponse du gouvernement qui dès janvier a mis en place des quarantaines forcées pour les voyageurs en provenance de Chine, un dépistage massif et la traçabilité des personnes entrant sur l’archipel. Après ses 14 jours de quarantaine, Karina devrait pouvoir reprendre une vie quotidienne normale, ici rien n’est à l’arrêt.

Ca fait 17 ans qu’on est prêt pour ce scénario. J’étais très jeune en 2003, pendant l’épidémie du SRAS mais je me rappelle à quel point tout le monde a paniqué, j’avais très peur, c’était horrible.

Le traumatisme du SRAS qui a fait plusieurs dizaines de morts en 2003 est l’une des raisons qui a poussé les Taïwanais à réagir très vite. Autre raison : la défiance envers les informations communiquées par la Chine. Le gouvernement taïwanais, qui sous la pression de Pékin ne fait pas partie de l’OMS, aurait aimé que ses recommandations soient écoutées plus tôt.

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