Alors que de plus en plus de pays sont touchés par le COVID-19, la planète entière se confine, de gré ou de force. Comment se passe la quarantaine ailleurs? En quoi c’est différent d’être confiné en Chine, en Italie ou sur une île du Pacifique? Episode 1 au Liban. 

“Les Libanais croient qu’ils peuvent tout combattre, ils n’ont pas peur. Ils sont fatalistes, il n’y a pas de psychose collective ici. On a vécu la guerre, aujourd’hui on nous demande juste de rester chez nous avec Netflix, ça pourrait être pire.” 

Mirna, 39 ans est en auto-confinement depuis 5 jours à Ras el Metn au Liban. Le gouvernement a demandé aux habitants de rester chez eux depuis lundi. L’aéroport ferme totalement ce mercredi.

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Mirna est l’une des premières femmes libanaises à s’être installée sous une tente en plein centre-ville de Beyrouth pour protester contre son gouvernement en octobre dernier. Après près de 5 mois à camper sur place, elle a quitté ses compagnons de Révolution à regret vendredi pour s’auto-confiner dans la maison familiale. “On a commencé à prendre nos responsabilités, car le gouvernement ne faisait rien. Ca ne sert à rien de se mobiliser si on tombe tous malades”. 

Depuis, elle s’occupe en regardant la télévision, en apprenant à bricoler l’électricité, mais passe aussi beaucoup de temps sur son téléphone, notamment sur Whatsapp. Tous les matins, elle prend un café par vidéo avec son groupe de militants pour échanger, partager des blagues ou réfléchir à la suite de leur mobilisation.

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“C’est drôle, quand tu y penses, Whatsapp c’est ce qui nous a fait descendre dans la rue en octobre.”

Le 17 octobre dernier, alors que le Liban traverse la pire crise économique de son histoire, le gouvernement annonce de nouvelles taxes sur les cigarettes, l’essence et sur la messagerie Whatsapp. De nombreux Libanais se rassemblent spontanément aux quatre coins du pays, la « Thawra » (Révolution) est née. 

“On avait jamais réussi à se mobiliser pour quoi que ce soit, mais soudainement, pour défendre Whatsapp, on est tous devenus égaux et révolutionnaires. Aujourd’hui en quarantaine, on en a plus besoin que jamais. Le téléphone coûte tellement cher ici!” 

Aujourd’hui, la Révolution se réorganise via Whatsapp et les réseaux sociaux. Une révolution confinée, mais pas étouffée. 

“Je pense que la quarantaine va avoir un impact positif sur la Révolution. On prend le temps, on reste à la maison, on réfléchit à de nouvelles idées. On devient un peu des Géo Trouvetout. C’est un temps de réflexion, on prend le temps de lire, de regarder les infos, ce qu’on avait pas fait depuis 5 mois.”

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Plusieurs militants de la Révolution ont fait circuler aujourd’hui un message, sur Whatsapp. « Les membres de la Thawra lancent des campagnes de sensibilisation sur le coronavirus, organisent des collectes de fonds. Et que fait le gouvernement? Rien. C’est nous qui gérons le pays ». 

Mirna poste régulièrement des vidéos sur Instagram et prépare la suite. « Aujourd’hui plus qu’hier, le gouvernement montre son incompétence. Ce n’est pas parce qu’on a pris nos responsabilités et qu’on s’est confinés que la Révolution est terminée… loin de là. »

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