Alyce habite à Lafayette. Quand je suis arrivée chez elle pour mon premier week-end en Louisiane, elle m’a accueillie à grand renfort de sourires, d’énergie positive, et aussi avec un rhum et coca-cola à quinze heures. J’ai tout de suite su qu’Alyce et moi allions bien nous entendre.

Alyce a une cinquantaine d’année et deux enfants qui sont grands maintenant. Elle dirige un studio de yoga. Elle danse tout le temps, et quand elle ne danse pas, elle rit. Elle est de tous les festivals, de tous les concerts en ville (surtout quand c’est du zydeco) et elle y est connue comme le loup blanc, toujours vêtue d’un accessoire coloré ou fantasque. Ses amis ont entre 7 et 77 ans et sont de tous les horizons. Alyce est le genre de personne qui rayonne et attire auprès d’elle les gens les plus énergiques, les plus fous et les plus positifs.

Elle voue à la ville de Lafayette un amour sans fin et y apprécie la bonne humeur ambiante et la sympathie des habitants. Il est vrai que dès les premières heures à Lafayette, on se sent enveloppé par une chaleur humaine et par des regards bienveillants. On s’y balade à vélo sans l’attacher (bon, j’ai quand même rencontré un horticulteur qui se l’est fait volé deux fois!), on sourit, on papote, on prend le temps de vivre et de profiter de l’été qui y dure 8 mois de l’année.

Lafayette, ville la plus heureuse des Etats-Unis? C’est en cas le label qu’elle avait reçu peu avant de connaître un drame qui a bouleversé à jamais ses habitants. L’été dernier, un déséquilibré ouvre le feu dans le cinéma de la ville. «Il a choisi l’endroit le plus symbolique de la ville, tout le monde s’y rend, on sort entre amis, en famille… Tout le monde connaissait quelqu’un qui était au cinéma ce soir là.» explique Alyce, me rappelant cruellement les horreurs du Bataclan. Bilan, deux morts – dont une musicienne que connaissait Alyce – et neuf blessés.

La ville a repris du poil de la bête et continue de célébrer sa bonne humeur , notamment via deux festivals importants pour cette commune de plus de 120.000 habitants mais aux airs de village : festival international et le festival acadien et créole. Lors de ce dernier, mi-octobre, Alyce était aux anges : «Tout le monde danse ensemble, rit ensemble, fait de la musique ensemble… On est venus ici pour s’amuser et surtout pour oublier les élections. On ne voit pas ce week-end à quel point le pays est divisé.»

Quand Alyce parle de l’élection présidentielle, sa voix se trouble et on ressent une pointe de colère. Ses yeux parfois s’embrument. Pour elle, Donald Trump est un malade mental, elle n’arrive pas à imaginer qu’il pourrait être élu.

J’ai voulu boucler la boucle de mon voyage louisianais en retournant chez elle pour mes derniers jours aux Etats-Unis. J’ai donc à nouveau posé mes valises à Lafayette ce week-end et vais passer le 8 novembre avec elle. Elle va bien sûr aller voter pour Hillary Clinton, même si cela ne changera pas grand chose : la Louisiane reste traditionnellement pro-républicaine. Mais Alyce garde espoir : «Si toutes les femmes vont voter, alors peut-être que pour une fois l’Etat pourra basculer!». Après avoir voté, Alyce retrouvera des amis, pour suivre les résultats des élections. Et je suis sûre, que même si sa candidate favorite perd, une fois la stupeur passée, Alyce rira, et Alyce dansera.

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