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Mel vit au bout du monde. Tout au sud de la Louisiane, là où la terre s’effiloche pour laisser place aux eaux. Son village, comme ceux des alentours, est menacé de disparaître sous les flots.

Mel est un Houma. Les Indiens Houmas ont pris part au conflit franco-britannique en Louisiane aux côtés des Français, notamment au 18e siècle. Ils se sont rapprochés des colons français, apprenant leur langue. Aujourd’hui encore, une grande partie de cette communauté est francophone.

Ils ont été expulsés à plusieurs reprises. D’abord, de la ville de Houma par les Anglais, pour s’installer plus au sud. Ensuite, le gouvernement américain a récupéré leurs terres, jugées fertiles. Direction le Sud, encore, pour s’installer dans une zone marécageuse… qui sera ensuite revendiquée par des compagnies pétrolières pour la richesse de son sous-sol.

Les Houmas acquièrent quelques terres et renoncent à revendiquer leur statut de tribu indienne, pour avoir la paix. Au XXe siècle, les enfants Houmas sont interdits d’accès des écoles blanches comme noires. Ce n’est qu’en 1930 que six classes seront ouvertes dans le Sud de l’Etat pour cette communauté de 18.000 personnes.

Certains Houmas sont aujourd’hui encore absents des états civils.

Mel est fier d’être un Houma. Plusieurs des 53 tatouages qu’il s’est dessiné lui-même sont à l’effigie de sa tribu.

Mel a quatre enfants, qu’il élève seul. L’un d’entre eux se prénomme Jazzmen. Storm et Stormie sont quant à eux nés pendant des tempêtes qui ont fait rage au sud de la Louisiane. J’ai oublié le prénom du dernier enfant. Sa famille n’a pas bonne réputation dans les environs, ses frères font des allers-retours réguliers en prison.

Mel est plus heureux sur l’eau, sur son bateau qui constitue l’essentiel de sa fortune, que sur les terres. Les tempêtes et inondations sont monnaie courante dans cette partie du Golfe du Mexique. Les habitants de la région sont invités à quitter leurs terres en échange d’un dédommagement du gouvernement, considérés comme les premiers réfugiés climatiques américains. Alors que sa maison est menacée par les eaux, il ne quitterait pour rien au monde la terre de ses ancêtres.

Mel survit en pêchant, et en allant parfois travailler « offshore », sur des plateformes pétrolières. Le 8 novembre, il va voter pour Donald Trump, « malgré ce qu’il a dit sur la communauté noire. »

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