Petite sélection, bien sûr non exhaustive, d’ouvrages lus avant mon départ pour la Louisiane, sur la question raciale aux Etats-Unis et sur le Sud.

AMERICANAH – Chimamanda Ngozi Adichie

«Tu ne peux pas écrire un roman sur la race dans ce pays. Si tu racontes comment les gens sont vraiment affectés par la race, ce sera trop prévisible. Les auteurs noirs qui écrivent de la fiction dans ce pays , les trois valables, pas les milliers qui sortent ces livres merdiques aux couvertures multicolores sur le ghetto noir, n’ont qu’une alternative : être précieux ou prétentieux. Quand tu n’es ni l’un ni l’autre, tu n’intéresses personne.»

Livre entamé sur recommandation, sans avoir lu la quatrième de couverture et sans savoir qu’il traiterait, insidieusement, au long des pages de la question du corps noir. La narratrice, arrivée du Nigeria, prend conscience petit à petit de sa couleur de peau : « En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »

DE LA RACE EN AMERIQUE – Barack Obama

«Pour la communauté afro-américaine , cela signifie qu’il faut accepter les fardeaux de notre passé sans en devenir les victimes. Cela veut dire continuer à exiger une pleine justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela signifie également associer nos propres revendications – une meilleure assurance maladie, de meilleures écoles, de meilleurs emplois – aux aspirations de tous les Américains , qu’il s’agisse de la femme blanche qui se débat pour gravir les échelons dans son entreprise, de l’homme blanc qui a été licencié ou de l’immigrant qui s’efforce de nourrir sa famille.»

La retranscription du discours de Philadelphie… à contrebalancer par la lecture du dernier numéro de «Manière de voir» du Monde Diplo : «Affrontements américains : Barack Obama laissera derrière lui un paysage politique méconnaissable. Que s’est-il passé pour que le pays qui a désigné son premier président noir en 2008 n’ait aujourd’hui d’autre alternative qu’entre un milliardaire aux propos sulfureux et une fidèle alliée de Wall Street?» Pour un éclairage contemporain, 8 ans après.

UNE COLERE NOIRE – LETTRE A MON FILS – Ta Nehisi Coates

«Notre lexique tout entier – relations interraciales, discriminations, justice raciale, profilage racial, privilège blanc et même suprématie blanche – ne sert qu’à oblitérer l’expérience viscérale du racislme, le fait qu’il détruit des cerveaux, empêche de respirer, déchire des muscles, éviscère des organes, fend des os, brise des dents.»

Pour aller plus loin qu’une gentille fiction ou qu’un discours bienveillant… Un pamphlet qui nous plonge dans la peau, dans la peur, dans la corps d’un noir qui a grandi à Baltimore : «Voilà ce qu’il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition, un héritage.»

NE TIREZ PAS SUR L OISEAU MOQUEUR – Harper Lee

«Différents signes laissent penser que ce roman reste éminemment actuel. Dans l’ensemble du pays subsiste aujourd’hui un raciste subtil que même l’affirmative action, contestée par beaucoup n’est pas arrivée à faire disparaître.» (extrait de la postface).

Alabama, année 30. Un avocat commis d’office, intègre et rigoureux, défende un homme noir accusé d’avoir violée une femme blanche. Classique de la littérature américaine, l’histoire est racontée à travers les yeux de ses enfants…

–> Les romans qui vont suivre ne sont pas spécifiquement axés sur les questions raciales, même si elles y sont omniprésentes. Je les ai choisi pour la vision qu’ils offrent de la Nouvelle Orléans à différentes époques.

LA NUIT LA PLUS LONGUE – James Lee Burke

«La plupart de ceux qui buvaient là étaient soit des Afro-Américains, soit des ouvriers cajuns endurcis, ou des gens qui s’intitulaient créoles et vivaient des deux côtés de la frontière des couleurs.»

Un polar qui nous plonge dans la Nouvelle-Orléans en plein ouragan Katrina.

VOYAGE D’UN OUVRIER DANS LA VALLÉE DU MISSISSIPPI – Prosper Jacotot

«Les mœurs locales ont leur étrangeté. Le revolver y joue un grand rôle ; on ne s’en sépare guère, et on le porte dans une poche pratiquée exprès pour cet usage, dans la partie postérieure du pantalon. Les nègres considèrent cette arme comme un jouet, et on les voit fréquemment s’envoyer des balles, d’une voiture à l’autre, histoire de rire.»

Nouvelle-Orléans, 1877. Prosper Jacotot, boulanger bourguignon arrive du Kansas après y avoir travaillé comme ouvrier et fui la crise économique. Il travaillera dans un champ de canne à sucre, puis échappera à une épidémie mortelle de fièvre jaune. En plus d’être un aventurier hors-pair et un bon écrivain, Prosper Jacotot est l’un de mes (lointains) cousins. Son voyage aux Etats-Unis fera l’objet d’un billet de blog plus détaillé.

LA CONJURATION DES IMBÉCILES – John Kennedy Toole

« Bon, m’en vais dire au flicard que chuis casé, gagne légalement ma vie, qu’y me lache un peu, j’y dirai que chuis tombé sur un humaniste file en troupe qui m’donne vingt dollars par semaine dis donc! Et lui y va faire « Ah, c’est bien mon gars! Chuis content d’voir que tu rentres dans l’droit chemin ». Et moi, « ouais », que j’y ferai, salut! Et lui y f’ra « Maintenant, tu vas pouvoir devenir un membre à part entière de la communauté ». Et moi j’y ferai  » Ouais, m’ai dégotté un boulot d’nègre pour un salaire de nègre. Me vl’a membre à part entière dis donc! Nègre à part entière. Pas vagabond! Nègre! » Oua-ho! Pour du changement, c’est du changement, non? »

Un incontournable de la littérature américaine. On y trouve tout : anti-héros (génie ou abruti complet) humour cynique, verve littéraire… en plein quartiers populaires de la Nouvelle-Orléans, dans les années 60.

Pour clore ce billet rédigé en plein voyage louisianais, rien de mieux que cette citation issue du livre : «Seuls des dégénérés pratiquent le tourisme. Personnellement, je ne suis sorti de notre ville qu’une seule fois.»

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