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Anaïs Renevier – Journaliste

Correspondances du coin de la rue au bout du monde.

Mois

octobre 2015

Journalistes en carton? Les JRI, ces parias.

Il est déjà arrivé à certains de mes confrères, comme à moi même, de nous demander si nous étions «en carton». Interview préparée à toute vitesse, article bâclé : parfois, le doute s’installe. Rassurez-vous, je ne suis pas une journaliste en carton. Ni en papier, ni en plastique. En fait, je ne suis même pas journaliste, en tout cas pas officiellement.

A deux mois de 2016, je n’ai toujours pas obtenu la carte de presse pour l’année 2015. Je l’ai pourtant demandée en temps et en heure, mais à l’instar de certains de mes collègues JRI, j’attends toujours. Sans certitude aucune de la recevoir.

Je travaille pour la presse écrite, le web, la radio, et aussi pour la télé. C’est ça, un journaliste en 2015. J’ai réalisé des études pour être Journaliste Reporter d’Images (JRI). Un métier difficile à définir, même au sein du petit monde des journalistes. Dans les rédactions télé qui ont les moyens d’envoyer plusieurs personnes sur un tournage, le JRI est souvent considéré comme un simple cameraman. Mais il est en réalité bien plus que ça. Pour citer le CIDJ, «Le journaliste reporter d’images (JRI) est toujours sur le terrain. Polyvalent, il part souvent seul en reportage et s’occupe à la fois des images, du son et des textes.». Souvent seul, dans les petites rédactions, souvent seul aussi quand il est pigiste.

Autre particularité du JRI : s’il est parfois rémunéré en salaire, ce n’est pas systématique. Contrairement à son confrère le monteur, il ne dispose pas du statut d’intermittent. Parfois, on lui demandera de «facturer» son reportage. Pour cela, il doit avoir un statut d’auto-entrepreneur, un statut toutefois assez bâtard : un auto-entrepreneur n’a pas accès à la CMU, ses heures de travail ne sont pas comptabilisées pour d’éventuelles indemnités chômage, et près de 25% du total de sa rémunération part en fumée, dans diverses taxes et cotisations. Le journaliste «auto-entrepreneur» est aussi un bâtard de sa profession : si plus de 50% de sa rémunération est perçue sous ce statut, alors la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (CCIJP) ne reconnaîtra pas son statut de journaliste.

Elle explique que les journalistes sont censés refuser ce type de rémunération. Mais après avoir proposé un sujet à dix rédactions, citez-moi un JRI qui abandonnera la vente de son reportage sous prétexte d’un statut. Pour éviter ce genre de rémunération, devrait-on destituer les rédactions qui s’adonnent à cette pratique de leur titre d’entreprise de presse? Cela paraît absurde? Autant que de destituer un journaliste de sa carte de presse.

Ironie du sort, les JRI sont les plus visibles sur le terrain. Ils ont une caméra, un trépied, un micro. Pourquoi s’obstinent-ils à vouloir être reconnus par leurs paires? Justement, car ils sont facilement repérables. La carte de presse, c’est un sésame qui peut parfois sortir les journalistes de situations délicates. Dans cet exemple que j’ai cité sur le site Global Voices, la carte de journaliste m’a sauvé la mise :

«Pour les besoins d’un reportage sur les réfugiés palestiniens de Syrie interdits d’entrer au Liban, je suis sortie du pays et j’ai pénétré dans une zone tampon d’une dizaine de kilomètres entre les deux pays. Une fois repérée, j’ai été interrogée par la sûreté générale libanaise (ils m’ont demandé de supprimer mes images, j’ai fait semblant de le faire) et ensuite par l’armée syrienne (ils m’ont demandé de montrer mes images pour prouver que j’étais journaliste, si je les avais supprimées je serai peut-être dans une geôle syrienne à l’heure actuelle !).»

Actuellement, je suis en Birmanie, pour couvrir les élections en tant que freelance. Je ne suis pas encartée et je compte en ce moment un collègue au Niger et un autre à la frontière turco-syrienne, qui ne le sont pas non plus. J’espère, à aucun moment qui ni eux ni moi n’auront besoin de ce petit bout de carton. Mais au final, tout cela ne m’étonne guère. Si l’on calcule notre taux horaire de rémunération, il n’est pas surprenant que certains considèrent encore que notre travail n’est pas une vraie profession.

Anaïs Renevier, journaliste. (ou pas)

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SLATE – IRINNEWS : De France en Allemagne, l’accueil compliqué des réfugiés

« Les réfugiés » sont devenus un thème de prédilection de mon travail de journaliste depuis 2012. Cette année-là, mon installation à Beyrouth coïncide avec celle des premiers réfugiés Syriens arrivés massivement dans le pays. Depuis, je n’ai pas cessé de les suivre, ou bien eux de me suivre puisque… à l’été 2015, lorsque je quitte Beyrouth pour Paris, la « crise des réfugiés » s’installe elle aussi en Europe.

En septembre et octobre 2015, je réalise donc plusieurs reportages sur ce thème, en France et en Allemagne. J’ai déjà posté un lien à ce sujet. Deux autres articles viennent d’être publiés, sur les sites d’Irinnews (nouvelles humanitaires) et de Slate. Que ce soit en Allemagne, où 1 million de réfugiés sont attendus d’ici la fin de l’année, où en France, l’accueil des réfugiés n’est jamais simple.

Non, merci! relate les raisons pour lesquelles les demandeurs d’asile boudent la France. A lire en anglais.

Deux Allemagnes en guerre est mon premier reportage pour le site d’actu Slate. Il mêle enquête de terrain et analyse, dans une ville où l’extrême-droite est fermement ancrée.

TV5 Monde – Berlin : famille syrienne cherche amis allemands

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Avec la crise des réfugiés, l’Allemagne fait face à un défi historique. Le pays accueille le plus grand nombre de réfugiés en Europe. La rareté des logements dans certaines villes, les réticences d’une partie de la population et les lenteurs administratives ne facilitent pas toujours l’intégration à long-terme des réfugiés. Rencontre avec une famille du Kurdistan syrien installée à Berlin depuis un an. Un portrait croisé à lire sur le site de TV5 Monde.

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