(Publié dans Metronews le 3 juin 2015)

Le quartier calme de Yarzé, dans la banlieue de Beyrouth, avait rarement connu une telle cohue. Le 28 mai, jour du vote anticipé pour l’élection présidentielle syrienne à l’étranger, des embouteillages bloquent toutes les rues vers l’ambassade de Syrie. Le Liban est le pays qui accueille le plus de réfugiés syriens. S’ils sont divisés politiquement, ce jour là ce sont les soutiens du régime qui se sont donné rendez-vous par centaines devant l’ambassade dès l’aube. En choeur, ils entonnent des hymnes à la gloire du président syrien en attendant de pouvoir voter, écho d’une démonstration de force des soutiens de Bachar Al Assad au pays du Cèdre. Ils seront plusieurs milliers à déferler dans la journée, comme Majd, qui porte un t-shirt à l’effigie du président. Il ne connaît pas le nom des deux autres candidats à la présidentielle et affirme : «Je suis venu voter pour Bachar Al Assad, le président que tous les Syriens aiment.» Cet étudiant est originaire d’Alep, dans le nord de la Syrie, la ville est partiellement tenue par les rebelles. Tous ne partagent pas son enthousiasme. Ahmad, lui, a entendu une rumeur qu’il nous confiera loin de l’ambassade : «Il paraît que si je ne vais pas voter, je ne pourrai pas retourner en Syrie.»

Un engouement à relativiser

L’ambassade de Syrie au Liban a annoncé que 100.000 citoyens étaient inscrits sur les listes électorales. Le pays accueille officiellement plus d’un million de réfugiés. Nombre d’entre eux sont installés dans des campements de fortune, loin de la capitale où était ouvert le seul centre de vote. Loin du tumulte des élections, dans le camp de Dalhamiyeh à 50 km de Beyrouth, les réfugiés suivent la campagne présidentielle à la télévision. Farej, originaire de Homs, partage l’opinion de l’opposition syrienne : l’élection est une mascarade. Il refuse catégoriquement d’aller voter : «Ce que Bachar Al Assad dit ne sont que des mensonges! L’élection n’est pas légitime, elle ne devrait pas avoir lieu. On veut le calme en Syrie, la fin de l’ère Al Assad, et ensuite on pourra choisir un président qui correspond aux attentes du peuple. Si on vote, c’est là-bas dans notre pays.»

Dans les camps, personne n’ira voter

Sous une autre tente, des femmes discutent de l’intérêt de l’élection en buvant du café. Certaines n’étaient même pas au courant qu’elles pourraient voter. «Tout ce qu’on veut, c’est rentrer chez nous, et ce n’est pas avec Bachar au pouvoir que ça arrivera!» explique l’une d’entre elles. «Ici on doit payer pour l’électricité, le terrain, et personne ne nous aide! Et il faudrait que j’aille voter?» lance une autre. Personne, sous les tentes de Dalhamiyeh, ne se déplacera pour le scrutin, ni au Liban, ni en Syrie ce 3 juin dans l’un des bureaux de vote ouverts à la frontière libano-syrienne. Dans ce campement, où les réfugiés vivent avec moins de 30 dollars par mois, la priorité n’est pas de voter, mais de survivre.

Publicités