Recherche

Anaïs Renevier – Journaliste

Correspondances du coin de la rue au bout du monde.

Mois

novembre 2013

LIBAN – TV5 MONDE : Game Cooks et Mashrou3 Leila

Maghreb Orient Express a posé ses valises à Beyrouth début novembre, pour cette émission j’ai participé à la réalisation de deux reportages à contre-courant de l’actualité. Alors que les médias ne parlent quasi exclusivement de ce qui va mal au Liban, certains domaines se portent bien. A découvrir : deux reportages; l’un sur Mashrou3 Leila, un groupe de musique beyrouthin qu’on ne présente plus après ses nombreux concerts autour du monde, et l’autre sur Game Cooks, une start-up qui développe des jeux pour portables, téléchargés tout autour du monde.

Pour revoir l’émission, cliquez ici.

Publicités

LIBAN – Billet : Visite de Valérie Trierweiler – les coulisses

Il m’était rarement arrivé lorsque je travaillais en télévision en France de couvrir d’importantes visites diplomatiques. Mon domaine de prédilection n’était pas la politique, et si j’avais été envoyée plusieurs fois en reportage au milieu des meutes de journalistes plus féroces les uns que les autres, cela avait été pour des sujets qui contenaient une information, aussi minime puisse-t-elle être. Aujourd’hui, Valérie Trierweiler s’est rendue au Liban. J’ai couvert sa venue. Je pensais hier encore qu’au-delà de quelques images d’illustration bien mises en scène (le campement de réfugiés, les enfants qui lui offrent des roses, la visite d’une école…), je pourrais lui poser quelques questions, certainement pas en interview privée, mais même au milieu d’autres, pour comprendre sa venue, son engagement, et surtout à travers sa parole et son personnage médiatique faire entendre les besoins, et surtout la détresse dans laquelle vivent les réfugiés à qui elle a choisi de rendre visite. J’aurais aimé entendre la voix de cette première dame de France «accueillie aux cris de bienvenus chez nous»

Qu’ils ont vite été écartés les petits insolents qui scandaient au début, et en français, «on veut manger, on veut manger!!» Les suivants étaient mieux préparés, oui, bienvenue Valérie… Les journalistes étaient eux, un peu moins bienvenus. Pourtant tous conviés «en toute discrétion», sans «communiqué officiel» l’ensemble de la presse française et libanaise était là. Quelques poses bien choisies devant les cameramen et photographes, rapidement écartés par les gorilles de la sécurité, tirés par leur sacs à dos, poussés, écrasés presque. Quelques mots sobres, quelques réponses évasives aux questions d’insistants audacieux, qui avaient pourtant étaient découragés par son directeur de cabinet de lui adresser la parole. Des confrères français nous ont expliqué qu’elle voulait être là «en toute discrétion», et que donc, elle ne s’exprimerait pas, ou peu.

J’aurais aimé savoir ce qu’elle entendait par «discrétion», mais au milieu de la foule de plusieurs dizaines de journalistes, agglutinés et compressés je n’ai pas eu l’espace de comprendre ce qu’elle avait bien voulu dire par là. Lasse d’être repoussée brutalement, j’ai préféré m’écarter un instant, contempler la meute. Jusqu’à voir au milieu de l’agitation, les gorilles de la sécurité (française ou libanaise?) renverser plusieurs enfants qui étaient eux aussi, agglutinés parmi la foule. Plusieurs ont terminé en larmes.

Une journaliste reporter d’images ne va pas se plaindre d’être un peu sauvagement écartée par ses collègues ou par les gardes du corps, lors d’un déplacement politique. Tout est minuté, mis en scène, chacun veut la meilleure image, la meilleure interview, et il faut se battre pour une image. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas rare. Une collègue spécialisée en politique me racontait récemment que lors de la campagne interne de l’UMP, une attachée de presse lui avait retourné le bras violemment, cette fois aussi pour l’écarter. Journalisme, mon beau miroir indésirable. Cela fait partie du jeu politique et médiatique, et on a rarement le choix de ne pas l’accepter, parfois même il paraît que l’on s’éprend de cette lutte intestine pour l’image. Par contre, jusqu’à quel point peut-on dépasser les règles du jeu? Jusqu’à voir ces enfants, cette «génération sacrifiée», écrasés par le service de sécurité des communicants venus pavaner au milieu d’eux?

Je croyais encore hier soir que la visite d’une personnalité pourrait permettre de tourner les projecteurs sur la crise syrienne au Liban. Je croyais encore que cela pouvait avoir une utilité, pas seulement pour Valérie Trierweiler et pour son image, mais pour eux, ces centaines de milliers de réfugiés. Mais j’ai finalement abandonné le convoi en mi-journée. Au fond de moi, lassée, vidée. J’ai appelé les rédactions pour lesquelles je travaille, leur disant la vérité. Il n’y a pas d’information, pourront-ils se contenter des images d’agence? Oui. Après tout, je suis payée pour faire du journalisme, pas de la communication. Il n’y avait rien à raconter. En tout cas, pas de la manière de laquelle je travaille habituellement, avec la liberté que me laissent mes médias pour raconter la vie de tous ces Syriens, Libanais, Palestiniens, qui traversent des crises, et dont les destins ne changeront pas après mes reportages, et encore moins après une visite hyper médiatisée de moins d’une heure. Il n’y a aujourd’hui pas de message. Ou si, peut-être. Il y a simplement au fond de moi une envie de raconter à quel point je suis ce soir attristée d’avoir vu cette misère que je côtoie au quotidien littéralement piétinée.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑