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Anaïs Renevier – Journaliste

Correspondances du coin de la rue au bout du monde.

Mois

mars 2013

LIBAN – EUROMED : Gaza 36mm, voir Gaza autrement

A Gaza, il n’y a pas de salles de cinéma. Deux cinéphiles ont décidé de raconter l’histoire d’un territoire privé d’images, où la culture se délite.
A lire aussi, le portrait du producteur du film : http://bit.ly/YFPhL8

IRAN / ARABIE – So Film : un film sur Mahomet à 1 milliard de dollars?

Un film sur Mahomet à 1 milliard de dollars ?

 Septembre 2012. L’Innocence des musulmans enflamme le monde arabe. Les bandes-annonces d’un film anti-islam qui ne verra jamais le jour provoquent une vague de manifestations violentes de la Libye au Pakistan. Quelques semaines plus tard, une société du Qatar annonce dans un communiqué tapageur la mise en production d’un film en sept volets sur Mahomet pour la modique somme d’un milliard de dollars. Sauf que l’Iran a aussi son film sur le prophète dans les tuyaux et compte bien le représenter à l’écran. Or, sur ce point sensible, le Qatar n’est pas d’accord. 

Dans ce contexte de tensions et de rivalités, l’annonce du Qatar n’est pas passée inaperçue, mais elle laisse dubitatif. Coup médiatique ou projet sérieux… Difficile de savoir à quoi s’en tenir. Nous cherchons donc à contacter Alnoor Holdings, la boîte de production à l’origine du communiqué, mais elle fait la sourde oreille. Pas d’adresse, ni d’organigramme public. Aucune réponse aux emails, ni au téléphone. Et lorsque l’on cherche à contacter les employés d’Alnoor Holdings via des gens du métier basés au Qatar, la réponse est inlassablement la même : « personne ne sait qui travaille là-bas. Ce n’est pas une entreprise de cinéma, c’est une société d’investissements ». Une entreprise quasiment fantôme qui a déjà placé de l’argent à la gloire du Prophète et de l’Islam dans divers livres ou séries, mais qui ne communique pas avec ceux qui s’intéressent de trop près au projet. Elle avait pourtant déjà eu la même idée, il y a trois ans, avec un budget moindre (150 petits millions de dollars). Depuis, silence radio sur le tournage, jusqu’à ce grand retour fin 2012, avec un budget sept fois plus conséquent. La dépêche AFP est reprise telle quelle par toute la presse, sans aucune preuve tangible de ce projet. Mais rendons au Qatar ce qui appartient au Qatar à travers le monde : des équipes de sport et des chaînes de télévision bien sûr mais aussi des fonds dans les banlieues françaises, des terres agricoles en Australie et même le marché de Camden à Londres… Au milieu de tout ces placements parfois un peu extravagants, un film religieux à un milliard de dollars passerait pour ainsi dire inaperçu.

 Qatar : machine à cash et rayonnement culturel

Comment les Qatariens ont-ils eu l’idée même de produire un film trois fois plus cher que le Cléopâtre de Mankiewicz (si on prend en compte l’inflation…) ? Dans un pays où l’essentiel de la richesse vient des hydrocarbures, la vision à long terme est prédominante. Objectif : 2030, quand le gaz et le pétrole viendront à manquer. Santé, éducation, tourisme, culture… Le Qatar joue son avenir et son image à tous les niveaux. Dans ce pays qui est l’un des plus riches au monde, pas besoin du CNC ou d’un ministère de gauche pour investir un milliard de dollars dans la culture. Surtout s’il s’agit de défendre l’image du Prophète et de l’Islam dans le monde. De plus, dans ce milieu de la production cinématographique naissante au Qatar, investir à perte n’est pas un problème, si c’est pour la bonne cause. Pour Guillaume Benski, producteur et spécialiste des financements du cinéma, il y a peut-être beaucoup d’argent au Qatar mais peu d’expérience. Le Qatar demande donc régulièrement conseil à des entreprises ou experts américains. Pour le film sur le Prophète Mahomet, le Qatar veut se payer les services de Barrie M. Osborne comme producteur exécutif (l’homme derrière les petits films d’auteur que sont Matrix ou Le Seigneur des anneaux).«Le Qatar achète l’expérience aux Etats-Unis. Ils en ont besoin pour acquérir de la crédibilité, du savoir-faire et pour pénétrer les marchés américains. Mais là, s’ils investissent réellement 1 milliard, ils risquent de se faire avoir. On les prend pour des machines à cash dans la mesure où ils en ont beaucoup et où ils se diversifient dans des métiers et secteurs qu’ils connaissent mal ». Si le Qatar se lance dans la production tous azimuts, le circuit de la distribution semble lui échapper. En terme d’équipement et de salles, les pays du Golfe sont pour la plupart des déserts. En Arabie Saoudite, les cinémas ont été fermés dans les années 70 et ont réapparu seulement en 2009… Se faire une toile est un concept peu familier aux habitants du Golfe, qui préféreront se regarder un DVD (piraté) à la maison. Alnoor Holdings veut donc miser sur l’exportation de son film. C’est aussi une question de rayonnement culturel, car le film permettrait de «corriger la mauvaise image que les sociétés occidentales ont de l’Islam », dixit le communiqué de presse. Et pour cette raison, le film devrait se faire selon Nabil Ennasri, chercheur spécialiste du Qatar : « le pays essaie de donner une nouvelle image, et veut sortir du cliché désuet d’un pays fermé. Ils cherchent un nouvel essor intellectuel, un renouveau islamique ».

Iran vs. Qatar

Les vidéos provocatrices de septembre auraient mis le feu au poudre et poussé à la surenchère et le Qatar voudrait défendre « pacifiquement » l’image de l’islam. Très bien, mais quid de cet autre communiqué, passé quasi-inaperçu dans la presse française ? Publié quelques semaines auparavant par deux agences de presse iraniennes, il annonçait la sortie d’un film en Iran…sur le Prophète Mahomet. De quoi titiller le Qatar et ses voisins du Golfe ? Possible. Car le Golfe, est le bastion de l’islam sunnite, et l’Iran celui de l’islam chiite : soit les deux principaux courants, frères ennemis depuis toujours. Iran vs. Qatar, c’est d’un côté une tradition persane de l’iconographie qui a  l’habitude de représenter le Prophète et ses compagnons, avec une industrie cinématographique sans grands moyens, mais bien rodée ; de l’autre, les pays du Golfe, et leur industrie du cinéma naissante mais arrosée de pétrodollars. Le tout sur fond de guerre en Syrie : l’Iran, l’un des principaux alliés de Bachar Al Assad est l’ennemi juré des pays du Golfe qui soutiennent les rebelles. En face des Chiites iraniens, les Sunnites du Golfe, de tendance wahhabite, une des branches politico-religieuses du sunnisme. Ce même islam qui interdit toute représentation du Prophète. Même s’il n’est pas indiqué clairement dans les textes sacrés que la représentation en est interdite, les wahhabites la considèrent comme de l’idolâtrie et l’interdisent. Et c’est bien là le vrai nœud du problème autour de ces deux projets. Ce n’est pas la première fois que les pays du Golfe et l’Iran se tirent dessus à boulets rouges au sujet de l’image du Prophète. Avec sa série télévisée Imam Ali, l’Iran avait irrité l’Arabie Saoudite, qui avait proposé de racheter tous les droits pour en empêcher la diffusion. Car Ali selon les Chiites est le véritable successeur du Prophète Mahomet. En effet, le désaccord autour du successeur du Prophète est la base de la scission entre les deux courants.

Pas étonnant que le Qatar soit revenu à la charge peu après cette annonce. Mais difficile aussi de savoir quelle est la part de bluff du côté  iranien. La communication autour du film est tout aussi ponctuelle et opaque. Fin septembre 2012, une agence de presse iranienne annonçait la sortie imminente du film, aucune nouvelle depuis… Encore plus difficile de connaître le réel avancement du projet maintenant que les deux pays sont officieusement engagés dans une sérieuse rivalité médiatique. Mais le projet iranien semble toutefois un peu plus avancé, puisqu’il a déjà un réalisateur : Majid Majidi, auteur des Enfants du Ciel sélectionné pour les Oscars en 1999. Philippe Ragel, maître de conférences en histoire et esthétique du cinéma à Toulouse et spécialiste du cinéma iranien n’imagine pas Majidi à la tête d’un film trop politique : « il a une vision d’auteur, il n’est ni prosélyte, ni belliqueux. Je ne pense pas qu’il veuille véhiculer la parole du Prophète comme unique à travers le monde. Enfin, parfois on a des surprises ! ». Et la surprise, ou la pression, pourrait venir d’en haut. En Iran, le régime co-finance toutes les productions qu’il approuve et censure aussi. « Si le régime iranien a envie de faire passer une image « chiite » du Prophète, par exemple en faisant  dire à Mahomet qu’il faut suivre Ali et seulement Ali après sa mort, il aura les moyens de pression suffisants pour influencer le scénario et les dialogues », nous explique Philippe Ragel. Dans tous les cas, les porteurs du projet entendent bien montrer Mahomet. Majid Majidi lui-même  l’incarnerait. Pas impossible donc que les Qatariens aient annoncé un budget mirobolant pour dissuader les Iraniens de se lancer dans un projet considéré comme une provocation.

Prise d’otage et iconophobie

Du côté qatari, on affirme s’être bien entourés pour bien faire les choses. Il faudra compter sur le très médiatique cheikh Youssef al Qaradawi, présentateur d’un show religieux sur Al Jazeera. Le cheikh, connu et apprécié au Moyen-Orient mais plutôt controversé en France, s’est fait remarquer ces derniers mois par quelques diatribes anti-chiites assez virulentes. Il sera secondé par une équipe d’une trentaine d’experts en religion pour décider du moindre détail concernant le Prophète. La vie de Mahomet sans en montrer le visage, l’expérience a déjà été tentée en 1976 dans Le Message de Moustafa Akkad (avec Anthony Quinn dans le rôle de l’oncle du Prophète). La sortie du film aura tout de même été suivie par la prise en otage de 149 personnes (dont 2 morts) à Washington en mars 1977. 12 musulmans afro-américains demanderont, entre autre, de détruire le film, considéré comme un sacrilège. Mis à part cet incident, le film aura été bien reçu dans le monde entier. Le Message, c’est trois heures de fresque épique avec un Prophète sans visage, sans voix, sans ombre. Parmi les trucs et astuces suggérant sa présence, notons le recours à la caméra subjective et à une subtile musique d’orgue. Les studios qataris vont sûrement miser gros sur les effets, pour trouver la parade et suggérer l’invisible.

Si les projets voient le jour, le blockbuster qatari a tout pour écraser le petit film iranien. La société qatarie pourra inonder les marchés du monde entier sans se soucier de vendre son film à perte. Mais le film iranien, libre de toute contrainte, pourrait se faire remarquer en festival et émerger au sein d’une cinématographie riche en auteurs célébrés (Kiarostami, Panahi, etc). Yves Gonzalez-Quijano, maître de conférences à Lyon II, spécialisé dans la culture et la politique du monde arabe, nous dit qu’à long terme, l’image gagnera, peu importe si ces deux projets se font ou pas. Sur le marché des films au Moyen-Orient, surtout à la télévision, la demande de films religieux est importante. Les séries sur l’Islam font un carton pendant le ramadan. Un paradoxe dans ces pays du Golfe « iconophobes dans une société où l’image est prédominante » comme les décrit Yves Gonzalez-Quijano, persuadé que dans quelques années, les discours évolueront et l’on en viendra à représenter Mahomet à l’écran. A terme, ce public très friand de religion à la télé pourrait se lasser des techniques laissant le Prophète hors-champ. Et Yves Gonzalez-Quijano de conclure : « pour ces films, c’est comme pour le porno, il faut toujours en montrer un peu plus…» .

Article par Anaïs Renevier, avec la collaboration de Raphaël Clairefond

(Une version courte de cette enquête a été publiée dans So Film en février 2013)

LIBAN – METRONEWS : Liban, que faire face à l’afflux de réfugiés syriens?

Liban, que faire face à l’afflux de réfugiés syriens?

Le président Michel Sleiman lance un appel à l’aide, les capacités d’accueil du Liban ont été dépassées. Les ONG, associations, et libanais tentent de s’organiser face à cet afflux. Rencontre avec une famille syrienne arrivée à Beyrouth il y a un mois. Article paru dans Métro aujourd’hui

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