Ce matin, Tim est réveillé par des bruits de travaux. Coups de marteaux, déblayage… Un vacarme inhabituel dans le quartier résidentiel où loge cet étudiant norvégien, à 40 mètres seulement de la place Sassine. Il se fraie un chemin au milieu des débris de verre sur le sol. Le canapé endommagé et les affaires éparpillées témoignent de la violence du choc. Hier, pendant l’attentat à la voiture piégée qui a causé la mort de 8 personnes et blessé au moins 86 autres, les vitres de l’appartement de Tim ont explosé. Aujourd’hui, il essaie d’oublier.

Comme tous les jours, il sort prendre un petit déjeuner dans son café habituel d’Achrafieh. Au premier coup d’oeil, tout semble normal sur la terrasse, les voisins prennent des nouvelles les uns des autres. Mais l’air est pesant. Sur toutes les bouches un seul mot: l’attentat. Tim passe devant le Starbucks, étonnamment vide pour un samedi. Sur la terrasse, seules quelques personnes prennent un café. Il était assis là hier quand la voiture a explosé, à quelques mètres de lui. Il a senti un souffle fort, une pression d’air. Puis il a entendu des cris. Inquiet, il a d’abord demandé au serveur ce qu’ildevait faire. Ce dernier, peu perturbé, lui a répondu que c’était quelque chose de normal au Liban. Tim a senti une deuxième explosion, et s’est immédiatement inquiété pour son colocataire qu’il n’arrivait pas à joindre. Sous le choc, il a passé plus d’une heure sur place. Pris dans l’agitation globale, ne sachant pas s’il devait aider les blessés ou laisser les forces de l’ordre s’occuper d’eux.

Le place Sassine est étrangement calme aujourd’hui. Beaucoup de militaires, quelques journalistes, et parfois l’agitation de manifestants qui protestent contre le meurtre du général Al Hassan, chef des renseignements libanais, cible de l’attentat. Tim prend le même chemin qu’hier pour rentrer chez lui. L’accès à sa rue est bloqué, il doit donc faire un détour. La plupart des boutiques sont fermées en ce jour de deuil national. Il est étonné de la vitesse à laquelle les commerçants réparent les dégâts: «c’est impressionnant comme tout a été déblayé rapidement. Hier les rues étaient jonchées de verre.»

Pour Tim, le reste de la journée sera consacré au nettoyage des débris et au remplacement des vitres. La famille de son colocataire, qu’il a retrouvé sain et sauf, est venue les aider à faire le ménage. En quelques heures, l’appartement reprend son aspect initial. Tous se réunissent pour un déjeuner au calme. Un havre de paix après des heures d’angoisse, et l’occasion de revenir sur les évènements de la veille. C’était la première fois que Philippe, son colocataire libanais vivait ce genre d’évènement d’aussi près. Philippe ne veut pas penser au pire pour la suite des évènements : «On a tous été très choqués, normalement Achrafieh était un quartier sûr. Maintenant le reste de Beyrouth s’enflamme, des routes sont bloquées, des pneus brûlent… Mais vers Sassine, les militaires vont rester en poste encore longtemps. Ici, on se sent à l’abri maintenant.»
Anaïs Renevier

(image : salon de Tim, photo iphone du 20/10/2012)

A retrouver aussi : série de photos « Sassine, le jour d’après » et série de photos « Sassine, manifestations des forces de sécurité intérieures ».

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