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Anaïs Renevier – Journaliste

Correspondances du coin de la rue au bout du monde.

Mois

juin 2012

CINEMA – Interviews cinéma, de Georges Lautner à Radu Mihaleanu

Phot par Michel Riffault

Je vous invite à découvrir une série d’interview de réalisateurs réalisée en 2011 – 2012. Des rencontres humaines et enrichissantes.

J’ai eu tout d’abord l’occasion de rencontrer Georges Lautner, le réalisateur des Tontons Flingueurs. Un grand homme du cinéma, qui revient sur sa carrière non sans humour. (time code 14’40)

Jean-Robert Viallet, réalisateur du documentaire Manipulations m’a pour sa part parlé des coulisses du pouvoir et de son documentaire… (time code 19’11)

La saison 2011 – 2012 a été celle du cinéma social. Jacques Maillot m’en a donné un aperçu, rencontre autour de son film La mer à boire  (time code : 17’50)

Radu Mihaleanu, cinéaste roumain de l’émotion et de l’histoire (Va, vis et deviens, La source des femmes, Le concert…) me parle de sa manière de faire du cinéma (time code :  20’00)

Plus récemment, René Manzor, réalisateur de films de genre et d’auteurs des années 80 revient sur sa carrière en France, et aux Etats-Unis auprès de Georges Lukas. (time code 20’10)

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VOYAGES – Billet : Petit portrait fourbe du Couchsurfing

Le couchsurfing, littéralement « surf sur canapé », est un concept qui fait beaucoup parler de lui dans les médias à chaque saison estivale. Du reportage tapageur « comment se faire héberger gratuitement à l’autre bout du monde » à l’étude plus sociologique, les blogs et autres magazines trendy s’emparent de l’info et vantent les mérites de ce concept  pourtant déjà vieux de presque une décennie (1). Tellement heureux d’avoir trouvé le sujet alternativo-trendy du mag’, beaucoup de journalistes oublient de mentionner que derrière les apparences, couchsurfing ce n’est pas que du bonheur.

Do you want to be my couchsurfing friend ?

           Pour ceux qui auraient raté l’info, Couchsurfing (2) est un réseau d’échange international ouvert à tous qui permet aux voyageurs de se faire héberger chez l’habitant, sur un coin de canapé, et donc aux locaux « d’accueillir le monde entier dans leur salon » (3). Le tout pour rien du tout, car ce qui prime avant tout c’est l’échange culturel. Avec près de deux millions d’inscrits dans le monde (principalement des Européens de l’Ouest, Américains et Australiens), c’est le site à la mode dans toutes les communautés de voyageurs. Couchsurfing en dix mots comme en deux, c’est un mélange de valeurs d’antan qui se sont perdues dans les méandres de notre société moderne. C’est le retour à la confiance aveugle, aux règles de bases de l’hospitalité et à l’échange interculturel, le tout dans une ambiance souriante et joviale. On s’y fait des amis des quatre coins du monde et on y est heureux. Le tout « à la sauce australo-américaine  »: tout y est « amazing » et on adore les « free hugs » (4). Un peu comme dans le pays des bisounours.

Sauf que transportés dans le monde réel, les bisounours ne feraient pas long feu. Parce que dans le monde réel, il y aurait toujours un méchant pour profiter de leur naïveté. Eh oui, car si le site possède un système de sécurité bien rôdé à différents niveaux (références, marques de confiance, vérification de la carte d’identité pour ceux qui le souhaitent), ce système ne marche que pour ceux qui font un peu attention. Pour les autres, ceux (et surtout celles) qui veulent à tout prix trouver un endroit où dormir gratuitement, et qui sont peu regardants sur les références, il peut y avoir quelques problèmes : factures de téléphone suspectes, vols en tous genres, caméra espionne dans la salle de bain, viols. Surfer sur un canapé inconnu ne tue pas, mais ça peut faire mal. Bien sûr, ces événements sont rares car la communauté est bien organisée et les nouvelles courent vite d’un forum à l’autre, mais ils ne sont pas pour autant anodins. Désolée d’avoir effrayé votre mémé, mais on ne le répètera jamais assez : n’accepte pas de bonbons d’un individu louche, en toute logique ne va pas dormir chez lui non plus.

Vous êtes en droit de penser qu’une fois ces parasites repérés, la communauté les tiendra à l’écart. Oui, bien sûr, les photos des voleurs en série font parfois le tour des forums. Et non en même temps… Car une fois les parasites repérés, l’attention n’est pas forcément portée sur eux. Tels des indésirables, leurs profils sont supprimés. Une bonne chose ? Pas forcément, car une fois les informations éradiquées, les autres utilisateurs n’ont plus accès à leurs photos. Il leur suffira donc de se faire oublier pendant un temps pour mieux revenir. La création des profils n’est pas contrôlée, ni la véracité des informations qu’ils contiennent. Si son profil est nouveau, il vous sera impossible de savoir si la jolie Ukrainienne prénommée Olga que vous êtes censé héberger ne se transformera pas en vilain Feodosiv aux airs un peu mafieux lorsque vous ouvrirez la porte.

           Do you want to be my fuck friend ?

           Si mon avertissement précédent était avant tout destiné à ces demoiselles, c’est qu’il y a une raison évidente… Ce sont elles les proies les plus en danger dans ce monde de prédateurs. Car si «couchsurfing n’est pas un site de rencontre » (5), et si c’est l’une des premières conditions que l’on coche lors de l’inscription, certains font fi de cette consigne pour remplir leur lit du mieux ou du plus qu’ils le peuvent. Ces dames préfèrent souvent accueillir leurs pareilles, mais ces messieurs seront parfois tentés d’écrire qu’ils préfèrent recevoir des filles. Si vous leur demandez pourquoi, ils auront toujours une explication de bon ton : elles sont plus propres, plus polies, plus respectueuses. Et peut-être plus à même de finir dans leur lit le soir même ? On est là bien loin de l’acte de charité et d’échange culturel prôné dans les principes du site. Mais à âme baroudeuse rien n’est trop difficile, et toute demoiselle réfléchie peut éviter de se retrouver dans des situations embarrassantes. Le danger ne vous guette pas, si vous savez éviter ce genre de pièges relativement évidents, mais parfois ignorés par les personnes trop radines (*) ou trop naïves. Finalement, le danger guette avant tout les personnes qui utilisent, consciemment ou inconsciemment, le site à des fins détournées.

             Do you want to be my facebook friend ?

              Car si un playboy italien (pardonnez-moi ce cliché) veut renflouer son tableau de chasse en amenant directement sa proie au pied de son lit, il en est d’autres qui ne demandent pas tant. Pour certains, un peu de chaleur humaine apportée par un étranger qui complètera leur collection d’amis facebook suffira à combler leurs longues soirées et week-ends bien vides. Et oui, ceux qui pensent rencontrer lors de leurs voyages des personnes fascinantes à la vie sociale débridée tomberont parfois de haut. Certes, certains de vos hôtes ne manqueront pas de vous faire connaître la moitié de la ville, quasiment tous couchsurfeurs convaincus. Ce sont généralement ceux-là qui accueillent plusieurs surfeurs par nuit, non-stop, organisant les couchages du salon mieux que des généraux de guerre. Vous lirez sur leur profil qu’ils ont déjà accueilli avec fierté plus de huit cents personnes de soixante dix huit pays différents. Il n’est pas besoin d’être fin psychologue pour savoir que de telles rencontres restent souvent superficielles et se soldent souvent par un unique lien virtuel qui ne sera jamais ré exploité. D’autres par contre sont des énergumènes peu épanouis dans leur vie sociale, professionnelle ou amoureuse, qui chercheront via couchsurfing à établir de nouvelles relations et à intégrer une nouvelle communauté. Couchsurfing devient alors un refuge, et c’est là peut-être le plus gros danger. Tous ces extrêmistes de couchsurfing, timides et fanatiques des réseaux sociaux, se retrouveront lors de joyeuses rencontres locales, arrosées de nombreuses pintes.

Ces fameuses réunions locales, j’en ai organisé des dizaines à Berlin. Le site était un bon moyen de m’intégrer lors de mon arrivée en 2008 dans une capitale européenne que je ne connaissais pas, et j’ai rencontré lors de ces rencontres beaucoup d’amis qui me sont aujourd’hui encore chers. Et aussi beaucoup de « couchsurfing friends » dont j’ai oublié jusqu’au prénom. En décembre 2009, convaincue par mes « ambassador couchsurfing friends » qui trouvaient essentiel d’apporter à cette équipe d’hommes une touche féminine et persuadée de pouvoir ainsi protéger la veuve et l’orphelin, j’ai posé ma candidature au pompeux titre d’ « ambassadrice » couchsurfing pour la ville de Berlin. Après un mois d’examen, ma candidature a été examinée et j’ai enfin obtenu le titre honorifique. La gloire, d’une durée d’environ quelques heures, a vite été remplacée par l’interrogation. Alors que mon rôle se limitait essentiellement à organiser des rencontres dans des bars au coin de la rue, pourquoi bénéficier de ce titre ? Et surtout, pourquoi depuis que j’étais  ambassadrice , tout le monde me saluait-il aux soirées, et pourquoi recevais-je plus de demandes d’amitiés virtuelles après les rencontres ? Pourquoi d’un seul coup avais-je atteint une côte de popularité qu’aucun lycée n’oserait espérer ? Oui, j’étais devenue une star locale, mais je risquais bien vite de m’enfermer dans un monde de futilités. Alors que je prenais mes distances par rapport à mon titre un peu trop embarrassant, j’ai pris conscience de toute la superficialité de la machine. Organisation de groupes parmi les groupes, disputes infantiles sur le forum et ragots à tout va avaient pris le pas sur la convivialité qui régnait en apparence pendant les premiers meetings. Et ceux-là même qui se disaient les plus impliqués ne faisaient finalement que s’inventer une vie, pseudo-réelle, au milieu du virtuel et du superficiel.

Qu’on ne s’y trompe pas : je suis toujours une couchsurfeuse active et convaincue. Je prends plaisir à organiser des soirées Risk au coin du feu avec des inconnus de couchsurfing, aussi bien qu’à griller des marshmallows avec huit cents couchsurfeurs du monde entier au bord d’un lac. Je surfe toujours, j’accueille toujours. Les exemples cités ci-dessus sont basés sur des faits concrets et des personnes réelles, mais elles ne représentent qu’une part des couchsurfeurs, malheureusement de plus en plus grandissante. Rappelons que couchsurfing et hospitality club étaient à la base connus uniquement par le bouche à oreille de baroudeurs du genre vieux de la vieille. Ce sont les médias de masse qui ont amené sur ce site des personnes dont le mode de vie n’est pas forcément adapté aux principes de base du site. Mais lorsque l’on sait se méfier des réels dangers, et qu’on consomme cette drogue douce non avec modération mais avec intelligence, on peut vivre des aventures uniques et faire des rencontres hors du commun. Car si l’on sait reconnaître les Bisounours goût guimauve, on trouve, parfois cachés juste derrière les arbres en pâte de fruit, des gens vrais, avec plus de choses à partager qu’un simple contact Facebook.

Anaïs Jurkiewicz-Renevier

Notes

(*) [Note tardive au sujet de la radinerie sur couchsurfing (ajout le 2.06.2010 à 23h35) ] : Avec la médiatisation en masse de couchsurfing, et la vulgarisation du principe sous l’angle du « partir pas cher », de nombreuses personnes sont inscrites sur couchsurfing uniquement par souci d’économie. Cette race spéciale de surfeurs a pour habitude de considérer ses hôtes comme des gérants d’auberges. Ils sont reconnaissables de loin.

Signes de distinctions : Profils à moitié remplis, Envoi de messages impersonnels, ont déjà surfé dans différents endroits mais trouvent une bonne raison de ne pas pouvoir vous accueillir…

Attitude : Réservation trois mois à l’avance, dépouillement de vos réserves alimentaires et désintérêt pour les longues discussions avec vous.

On pourrait bien sûr là se lancer dans une réflexion sur le côté économique du site. Gardons ça pour une prochaine fois. Notons cependant que de nombreux membres organisateurs du site répètent cette contine: « ne partez pas en voyage si vous n’avez pas les moyens de payer un hôtel en cas de nécessité » (indisponibilité soudaine de l’hôte, par exemple). .

—-

(1) Le site web d’Hospitality Club, pionnier en la matière a été fondé en 2002. Il a ensuite été évincé par Couchsurfing qui propose une interface d’utilisation plus simple.

(2) Pour voir le site web : http://www.couchsurfing.org/

(3) Extrait d’un article auquel j’avais participé mais dont je n’avais pas approuvé la forme finale

(4) Voir le site « calins gratuits » ou le site officiel (en anglais)

(5) Voir le lien d’inscription, «I agree», deuxième case à cocher (en anglais)

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