Rubber, dernier film de Quentin Dupieux (1) défraie la chronique. A en lire les revues de presse, on croirait avoir trouvé en l’histoire de ce pneu tueur le nouvel eldorado intello. Gaussons-nous ensemble! Rubber serait (2) une «pure croyance poétique», un «road-movie existentiel», un «non-sens cosmique» et bien sûr une «curiosité conceptuelle et non-sensique à la fois». Postulat que le réalisateur accepte sans complexe, puisque lui-même affirme dans une interview à Jean-Sébastien Chauvin vouloir s’éloigner de la pratique «naïve et sincère» de la série B.

La série B, c’est pas assez hype? Quentin Dupieux  reproche au genre de «faire semblant». D’être destiné à des spectateurs passifs. D’être trop clairement expliqué. Alors, exit les tomates tueuses(3), les pénis dévastateurs(4), ou autres moutons fous (5) qui égayaient les soirées adolescentes et post-adolescentes? La bière à la main, le rire gras bien profond et la nullité pour seule raison d’être, l’absurdité comme seul scénario : c’est plus assez cool! Maintenant il est demandé de conceptualiser son nanard pour pouvoir le hisser au rang des films «nonsensiques». Et Rubber en est truffé, lui, de concepts : mise à distance des téléspectateurs, mise en abyme du film en train d’être tourné, interrogation sur le faux-semblant et la réalité, explication de l’absurdité des scènes (au début et encore à la fin),  pour tout à fait se dédouaner de toute ressemblance avec une série B quelconque.

Alors oui, au-delà du pneu tueur qui roule et qui tue, on trouve un bel hommage aux grands mythes cinématographiques. Oui, Quention Dupieux s’est donné du mal pour dépasser le simple genre de la série B, voire Z. Mais au-delà de ces incursions incessantes de figures de , Rubber n’en reste pas moins un nanard.  Intercosmique, si vous voulez. Interconceptuel si ça vous plaît. Mais pour profiter d’un nanard sans culpabilité : aucun besoin d’intellectualisme! Laissez-nous admirer des explosions de tête sans explication!

(1) : Alias Mr Oizo!

(2) Extraits sélectionnés sur Allociné

(3) »L’attaque des tomates tueuses » John de Bello

(4) »One Eyed Monster », Adam Fields

(5) »Black Sheep », Jonathan King

Publicités