Les températures glaciales, la nuit qui tombe tôt, le mauvais temps… L’hiver est au meilleur de sa forme. Vous vous sentez déjà flancher? Dites vous qu’il y a pire. Au fin fond de la Laponie, le Père Noël et ses copains doivent se les cailler. Alors, on ne leur en voudra pas dans ces pays là de devenir fous à lier après six mois de nuit non-stop. Non, on leur en est d’ailleurs plutôt reconnaissants, car leur cinéma n’en est que plus subtilement drôle

A voir, article rédigé pour Flucutat.net sur les comédies du Nord

Mais aussi, à titre de comparaison, la première version de cet article (qui a été modifié avant sa publication), et que je préfère.

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Le festival Cinenordica revient du 16 au 20 décembre 2009 au cinéma du Panthéon. Pour l’ouverture de cette deuxième édition, le public parisien pourra découvrir en avant-première Nord du réalisateur Rune Denstand Langlo, film norvégien plein d’humour. L’occasion de découvrir une forme de rire bien particulière. Retour sur les succès récents et poilants du cinéma scandinave.

Le décor est planté. Une étendue de neige sans fin, un homme qui la traverse péniblement en jet ski. Il s’agit de Jomar Henriksen : après une dépression nerveuse, le protagoniste de Nord, ancien skieur professionnel reconverti dans les remontées mécaniques décide de se lancer dans un périple vers le nord du pays à la recherche d’un fils dont il vient d’apprendre l’existence. Alcoolique, un peu paumé, Jomar fait partie de ces anti-héros scandinaves à demi-pathétiques dont le destin se moque bien.

Psychologie haut de gamme pour loosers

Le rire nordique, ce n’est pas le rire gras déclenché par les films avec Louis de Funès. Ni le rire automatique provoqué par les séries américaines légères. Non, le rire nordique est beaucoup plus sarcastique et discret. Les longues nuits d’hiver et l’aquavit rendent les réalisateurs et leurs personnages par la même occasion un peu fous.

Des trentenaires fils à maman. Des banquiers ennuyeux. Des anciens taulards néo-nazis. Des impotents. Qu’ils soient norvégiens, islandais ou finlandais, malgré leurs spécificités nationales ces personnages à la dérive sont un peu tous comme Jomar Henriksen, autrement dit des Perceval des temps modernes sortis tout droit d’un quotidien un peu crasseux. Soudainement frappés par la vie, quittés par leur épouse, virés par leur patron, ils affrontent au fur et à mesure que le film se déroule des situations de plus en plus cocasses. S’ils n’étaient pas fous, ils le deviennent. S’ils arrivent à échapper à la folie médicale, ils sont de toutes façons trop ivres pour en être conscients.. Visionner  In China they eat dogs du Danois Lasse Spang Olsen ou Sodoma Reykjavik, ique islandais des années 1990, c’est prendre conscience de la puissance du mot «looser». L’expression était déjà utilisée par Aki Kaurismäki, dans une interview en 1990 : «ma trilogie prolétarienne est une trilogie sur les loosers […] ils vivent la tête baissée».

Burlesque moderne, absurdité subtile

Le looser scandinave n’est pas comme le looser hollywoodien que l’on connaît. Il reste toujours digne dans son malheur, et étrangement sérieux. Il ne s’apitoie pas sur son sort. Les dialogues qu’il échange avec les autres personnages sont fins et absurdes, courts et tranchants. Il arrive parfois que, dans une comédie scandinave les dialogues n’aient aucune logique.  Il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure. Ils sont comme un cadavre exquis que l’on déplierait tout doucement, reflet d’un quotidien maussade sans aucun sens. Avec précision, les réalisateurs nordiques déballent, décortiquent, auscultent et mettent à nu l’âme de l’homme en dérive et les petites manies absurdes de la société.  Le reste toujours sobre, et c’est souvent grâce à un détail subtil caché dans l’image ou une petite phrase bien placée que l’on saisit toute la finesse de ces comédies. Et cette subtilité, c’est comme un burlesque moderne réinventé, aussi bien dans l’image dépouillée que dans le portrait des protagonistes : maîtres du non-sens, à moitié léthargiques, totalement désinhibés et en perpétuelle auto-dérision, ils donnent l’impression que la vie est une blague qu’il ne faut surtout pas prendre au sérieux.

Paradoxalement, leur vie est triste et ressemble à une grande tragédie. Les films ne sont jamais des comédies au sens propre du terme, on n’y rit jamais du début à la fin. Les scénettes de la vie quotidienne de Vous les vivants de Roy Andersson se suivent et ne se ressemblent pas, témoins de tristes vies dont il faut rire absolument si l’on ne veut pas sombrer Le tragique en devient comique, et c’est une nouvelle forme de tragi-comédie qui s’invente. Au sujet d’un cancéreux dans Adam’s apple de Anders Thomas Jessen , le médecin annonce qu’il «a une tumeur de la taille d’une balle de volley». Ou  comment rire du drame de la vie et de son absurdité. On ne sait parfois pas s’il faut rire ou pleurer. Sourire ou être choqué.

Un humour borderline

Car ces comédies sont bien souvent cruelles, véridiques, violentes et crues, dans une atmosphère et une lumière sombres. Certes, certaines limites de bienséance ne sont jamais franchies. Mais les frontières entre drôle et malsain, entre pessimisme et optimisme sont parfois très floues.  Les bouchers verts d’Anders Thomas Jessen, où cannibalisme et meurtres sordides se mêlent dans une ambiance assez grise a été interdit en France aux moins de douze ans. Dans les autres films, il n’est pas rare qu’on y découpe des cadavres en petits morceaux, qu’on mette le feu à sa maison, et cela toujours avec un grand sang-froid. Il n’y a aucune limite, on peut rire de tout. D’Hitler, des juifs, des étrangers, de la guerre, du sexe…. Il y a peu de tabous dans l’humour noir de ces réalisateurs cyniques. Et, quand le se veut plus léger comme dans les films du libano-suédois Josef Fares, les personnages sombrent quand même dans la folie à un moment ou un autre. La formule  magique du paumé dont la vie déraille marche toujours dans les comédies scandinaves.

Humour particulier, moqueries inter-peuples, jeux de mots intraduisibles, il n’a pas été facile pour les réalisateurs de ce genre spécial de trouver leur public au sud de l’Europe.  Mais depuis quelques années, des noms comme Roy Andersson, Aki Kaurismäki ou Anders Thomas Jessen se font entendre de plus en plus fréquemment. Leurs ovnis passent les frontières au sud, et font le bonheur des cyniques et des caustiques grâce à leur humour perçant. Une auto-dérision que le cinéma français ou hollywoodien ne connaît pas, presque une leçon de vie qui laisse toujours un goût mi sucré, mi amer.

Pour se plonger un peu plus dans le cinéma scandinave, le programme et les infos du festival du cinéma nordique :

http://www.cinenordica.com/

Films à ne pas manquer sur le sujet :

-Films de Aki Kaurismäki (Finlande)

-Films de Roy Andersson (Suède)

Mais aussi :

Jalla! Jalla! et Kopps, Josef Fares (Suède)

Le Direktor, Lars von Trier (Danemark)

Abel et Les habitants, Alex van Warmerdam (Pays-Bas)

Nord, Rune Denstad Langlo (Norvège)

Adam’s apple et Les bouchers verts, Anders Thomas Jessen (Danemark)

Sodoma Reykjavik  (Islande)

Noi Albinoi ( Islande)

La nouvelle vie de monsieur Horten, Bent Hamer (Norvège)

In china they eat dogs, Lasse Spang Olsen (Danemark)

Together, Lukas Moodysson  (Suède)